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Amine Martah : Université Cadi Ayyad
L’espace littéraire francophone commence à connaître Yasmina Khadra en premier lieu grâce à ses romans policiers. Pour un lecteur qui découvre cet auteur à travers ses romans non-policiers, notamment la trilogie (Les Hirondelles de Kaboul, L’Attentat et Les Sirènes de Bagdad) qui a fait asseoir sa notoriété quasi mondiale, il est difficile de croire qu’au départ il s’agit d’un auteur de polar. Le fait est que ce genre romanesque est généralement considéré comme appartenant aux « genres paralittéraires »[1] ou lorsqu’on daigne l’admettre dans la sphère du littéraire, c’est pour le déconsidérer par l’adjectif « populaire »[2] et le déclasser dans une sorte de production littéraire mineure. Pourtant, si Yasmina Khadra pratique le polar, c’est pour le transformer, le transcender et l’engager. Notre communication aura pour objectif de démontrer comment Yasmina Khadra fait du polar une structure romanesque travaillée, ciselée, dans l’optique d’en ressortir une forme littéraire qui sied à son engagement. Autrement dit, le polar se voit déposséder de ses ingrédients les plus croustillants pour céder la place à un style débordant, à une vision du monde plus complexe et à un engagement plus essentiel.
[1] Lits, Marc, Le Roman policier : introduction à la théorie et à l'histoire d'un genre littéraire, Editions du Cefal, 1999, p. 7.
[2] Todorov, Tzvetan, « Typologie du roman policier », Poétique de la prose, Paris, Seuil, coll. Points, 1971, p. 10.
Depuis les années 1980, nous assistons à une production accrue des genres dits populaires, et donc d’un lectorat populaire croissant en Afrique subsaharienne, aux Caraïbes et au Maghreb. Mais il n’y a pas que cette plus grande importance quantitative qui fait de ce corpus un objet méritant que la critique s’y intéresse de plus près. En effet, il s’avère que ces textes que la critique range dans des « sous-genres » comme le roman policier, le roman sentimental, le feuilleton, la science-fiction ou la littérature de jeunesse procèdent à la modification de certains paramètres des genres populaires, de sorte qu’on aboutit à des textes qui transgressent à la fois les conventions de ces genres et celles des canons littéraires dominants.
Autrement dit, il s’agit d’un processus d’appropriation des genres les plus lus dans le monde, mais qui, en francophonie comme ailleurs, sont toujours soupçonnés d’un déficit de littérarité. Et pourtant, comme le signalait déjà Bernard Mouralis en 1975, cette marginalisation ne repose « sur aucun fondement théorique, ni même sur l’examen des caractères propres des textes […] » (Mouralis, 1975, p. 10).
L’objectif du colloque est donc d’interroger de plus près un corpus varié de cette production récente du champ littéraire francophone afin de mieux cerner certaines des modalités de cette littérarité. Nous proposons, plus spécifiquement, d’examiner la dimension discursive et énonciative des œuvres à partir de quelques approches théoriques courantes ouvrant sur plusieurs pistes d’analyse :
– Construction du discours et de la voix des personnages et des narrateurs (analyse du discours et théories de l’énonciation);
– Textualisation des discours sociaux au sens de la sociocritique (discours historiques dans la littérature de jeunesse, féminisme dans le roman sentimental, didactismes dans le polar, etc.);
– Plurilinguismes et intertextualités;
– Défaillances de la parole, doubles langages, silences, langages du corps;
– Ironies, clichés, stéréotypes et exotismes.
Titre du colloque :