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Philippe Terrier : École de technologie supérieure
Les cornucopiens présentent une foi sans faille en la technologie salvatrice de l’humanité, alors que pour les collapsologues, notre civilisation, aussi technologique soit-elle, fonce toujours plus vite vers son effondrement. Sommes-nous inévitablement pris entre ces deux postures? Homo Sapiens dispose de la capacité technologique de modifier profondément son environnement, et d’éventuellement devenir l’artisan de sa disparition. Les ingénieurs fournissent très souvent les moyens et les connaissances à la ‘’machine’’ qui pourrait nous conduire vers l’apocalypse. Si le développement technologique a permis de contribuer au progrès, nous sommes maintenant entrés dans une ère du doute au sujet d’un avenir meilleur, et cela amène de nouveaux questionnements. L’ingénieur devrait-il développer toutes les solutions technologiques qu’il est capable d’imaginer, ou devrait-il s’autolimiter pour assurer un développement qui puisse fonctionner dans les limites de la planète? Faut-il remettre en question le culte du hight tech pour se recentrer sur les low tech répondant aux besoins fondamentaux des humains? L’ingénierie accélère telle notre cheminement vers l’anthropocène? De nouvelles approches d’ingénierie durable comme la conception biomimétique change le regard de l’ingénieur sur l’environnement et la biodiversité. L’environnement n’est plus vu seulement comme un fournisseur de ressources, mais comme une source d’inspiration, pour que l’avenir puisse simplement être possible.
Inondations, vagues de chaleur, feux dévastateurs, ouragans plus fréquents et plus puissants, fontes des glaciers – les dérèglements climatiques et leurs conséquences dramatiques prennent de plus en plus de place dans l’actualité tandis que l’érosion de la biodiversité et la déstabilisation des cycles de l’azote ou du phosphore se poursuivent à bas bruit. Chaque fois, les activités humaines se révèlent être l’un des principaux moteurs de ces bouleversements sans précédent. Or, depuis plusieurs années maintenant, la notion d’Anthropocène s’est imposée, dans les médias comme dans le champ scientifique, pour rendre compte de cette époque nouvelle qui est la nôtre et qui se caractérise par l’impact de plus en plus visible des activités humaines sur la surface planétaire. Ce concept, popularisé au tournant du siècle par le chimiste Paul Crutzen et le biologiste Eugene Stoermer, suscite pourtant de nombreux débats, que ce soit quant à sa définition exacte, son point de départ, ses enjeux sociaux et politiques, ou son utilisation à l’extérieur des cercles universitaires. S’il n’est pas encore validé par les géologues en charge de qualifier les unités chronostratigraphiques pouvant être identifiées dans les couches sédimentaires, il est déjà fortement remis en question, en particulier du côté des sciences humaines et sociales, du fait de sa nature trop imprécise et de sa visée trop apolitique. Des voix s’élèvent ainsi déjà pour annoncer l’obsolescence programmée de ce concept. C’est dans ce contexte que nous nous proposons de réunir des chercheur·e·s francophones de différents champs disciplinaires (géographie, anthropologie, biologie, philosophie, histoire), tant celles et ceux qui portent un regard critique sur le concept d’Anthropocène que celles et ceux qui en étudient les diverses manifestations, afin de réfléchir, collectivement, à la pertinence, aux limites, aux enjeux, voire même au possible dépassement du concept, essentiellement interdisciplinaire, d’Anthropocène.
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