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Lucile Ouriou : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans le langage courant, le terme « icône queer » semble évident dans sa signification… Pourtant, lorsque l’on s’y attarde davantage, on observe des contradictions et des débats autour du terme, notamment concernant la prédominance des femmes (cisgenres) ayant ce titre (Besanvalle, 2017 ; Eilmus, 2020 ; Fekadu, 2012 ; Mann, 2020 ; Scott, 2019). Cettecontribution vise ainsi à explorer la manière dont Nicki Minaj est porteuse de sens queer, à travers les perspectives d’artistes et activistes queer. Comment les artistes queer perçoivent et interprètent-iels l’iconicité queer de Nicki Minaj ? Quel(s) rôle(s) symbolique(s) a-t-elle ou incarne-t-elle pour la communauté queer ?
Pour y répondre, des entretiens avec 5 artistes queers, fans de la rappeuse ont été réalisés et explorent les manières dont iels interprètent l’iconicité de Minaj. La rappeuse semble incarner une forme de rôle modèle (Fraser et Brown, 2002) pour elleux.
Si ce terme, débattu en périphérie des fans studies et des youth studies, peut prêter à des débats (Morey et al., 2011), ici on observe une vision valorisante du statut de rôle modèle. Les participant.es suggèrent que Minaj démontre l’existence d’efféminités puissantes (Hale et Ojeda, 2018), et serait un modèle d’affirmation, performant les stéréotypes de genres, les déjouant et les transcendant. Ces points d’identifications semblent primordiaux pour les participant.es qui les étoffent par la suite d’enjeux queer et personnels dans leurs créations.
Depuis les années 1990, les études de fans ont participé à déconstruire les préjugés tenaces à l’endroit des fans, souvent perçus comme peu réflexifs et obsédés par leur objet culturel favori. Ces recherches ont démontré la réception active et même performative des fans, en documentant leurs pratiques culturelles, allant de la création de contenu (fan fiction, fanart) à la médiation culturelle (fan subbing). Les communautés de fans, nommées fandoms, offrent des espaces de négociation aux idéologies représentées dans les productions culturelles. D’ailleurs, plusieurs recherches démontrent que les pratiques de réception des fans leur permettent de critiquer les productions médiatiques (Jenkins, 1992).
Bien que les études de fans se soient constituées en champ de recherche fécond (Bacon-Smith, 1992; Jenkins, 1992), elles restent sujettes à certaines critiques qui entravent leur quête de légitimité (Evans et Stasi, 2014). La position des chercheur·se·s en études de fans est sujette à contestation (Hannell, 2020) et le champ entretient des rapports ambivalents quant à la méthodologie. La définition de la notion même de fans est critiquée (Sandvoss et al., 2017), alors que des recherches plus diversifiées permettraient de prendre en compte d’autres expériences (anti-fans, non-fans, etc.) et profils de fans (queers, personnes racisées, etc.). Néanmoins, les travaux sur les fans forment une contribution manifeste et même innovante à l’aspect entremêlé des pratiques de réception en ligne et hors ligne (Evans et Stasi, 2014), à l’appropriation et au détournement de la culture populaire (Bourdaa, 2021), ainsi que aux contextes de créations et productions de contenus numériques (Hills, 2015).
Depuis 30 ans, les Fan Studies forment un champ de recherche dynamique, surtout dans les milieux anglophones. Du côté de la recherche francophone, les études de fans, après avoir accusé un certain retard, semblent entrer dans une phase importante de structuration. Par exemple, l’Association française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC) a récemment labellisé Groupe d’étude et de recherche « Fans » (GER Fans), coordonné par Mélanie Bourdaa.
Ce colloque, présenté dans le cadre du congrès de l’Acfas 2023 (colloque no 403), représente ainsi une occasion de réunir des chercheur·se·s francophones provenant de chaque côté de l’Atlantique. L’événement, en personne et en ligne, offrira ainsi une occasion fertile de contribuer à la structuration du champ d’études en français et de saisir le momentum entourant l’intérêt renouvelé autour des fans et leurs pratiques, autant chez les chercheur·se·s que chez les étudiant·e·s.
Les trois axes suivants seront mis de l’avant : 1) les enjeux méthodologiques; 2) la diversité des identités de fans; et 3) la dimension politique des pratiques de fans.
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