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Freddy Tsopfack Fofack : INRS - Institut national de la recherche scientifique
L'organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football en 2022 au Cameroun a été sujet de controverses avant et pendant la compétition, sur la capacité à assurer un bon déroulement du tournoi. Le report pour défaut de préparation et les incommodités de sécurité, de qualité des stades et de fiabilité des tests Covid évoquées par les nations participantes et les fans de leurs équipes au cours de l’évènement ont suscité des réactions à élan patriotique des Camerounais. Simultanément à la mobilisation des autorités publiques et du comité local d'organisation, celle des fans des Lions indomptables sur les réseaux sociaux numériques s’est développée pour défendre et promouvoir le label Cameroun. Autour du slogan «C’est notre CAN(NE)», «elle doit être sucrée», les témoignages «online» recueillies durant cette compétition entre janvier et février 2022, meublent la présente réflexion qui fonde son analyse sur le concept de «nationalisme par le bas», selon lequel le patriotisme peut trouver sa source dans les pratiques quotidiennes. Ce qui permet de rendre compte de celui des Camerounais fans de leur sélection nationale. Ainsi, cette étude s’oppose aux travaux sur la politisation des fans de football et sur l’activisme-fan qui appréhendent les fans comme des figures de contestation et de confrontation avec les autorités politiques de leur pays. Elle s’inscrit plutôt en ligne des études en dehors du sport qui soutiennent que le fanatisme est un instigateur de nationalisme.
Depuis les années 1990, les études de fans ont participé à déconstruire les préjugés tenaces à l’endroit des fans, souvent perçus comme peu réflexifs et obsédés par leur objet culturel favori. Ces recherches ont démontré la réception active et même performative des fans, en documentant leurs pratiques culturelles, allant de la création de contenu (fan fiction, fanart) à la médiation culturelle (fan subbing). Les communautés de fans, nommées fandoms, offrent des espaces de négociation aux idéologies représentées dans les productions culturelles. D’ailleurs, plusieurs recherches démontrent que les pratiques de réception des fans leur permettent de critiquer les productions médiatiques (Jenkins, 1992).
Bien que les études de fans se soient constituées en champ de recherche fécond (Bacon-Smith, 1992; Jenkins, 1992), elles restent sujettes à certaines critiques qui entravent leur quête de légitimité (Evans et Stasi, 2014). La position des chercheur·se·s en études de fans est sujette à contestation (Hannell, 2020) et le champ entretient des rapports ambivalents quant à la méthodologie. La définition de la notion même de fans est critiquée (Sandvoss et al., 2017), alors que des recherches plus diversifiées permettraient de prendre en compte d’autres expériences (anti-fans, non-fans, etc.) et profils de fans (queers, personnes racisées, etc.). Néanmoins, les travaux sur les fans forment une contribution manifeste et même innovante à l’aspect entremêlé des pratiques de réception en ligne et hors ligne (Evans et Stasi, 2014), à l’appropriation et au détournement de la culture populaire (Bourdaa, 2021), ainsi que aux contextes de créations et productions de contenus numériques (Hills, 2015).
Depuis 30 ans, les Fan Studies forment un champ de recherche dynamique, surtout dans les milieux anglophones. Du côté de la recherche francophone, les études de fans, après avoir accusé un certain retard, semblent entrer dans une phase importante de structuration. Par exemple, l’Association française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC) a récemment labellisé Groupe d’étude et de recherche « Fans » (GER Fans), coordonné par Mélanie Bourdaa.
Ce colloque, présenté dans le cadre du congrès de l’Acfas 2023 (colloque no 403), représente ainsi une occasion de réunir des chercheur·se·s francophones provenant de chaque côté de l’Atlantique. L’événement, en personne et en ligne, offrira ainsi une occasion fertile de contribuer à la structuration du champ d’études en français et de saisir le momentum entourant l’intérêt renouvelé autour des fans et leurs pratiques, autant chez les chercheur·se·s que chez les étudiant·e·s.
Les trois axes suivants seront mis de l’avant : 1) les enjeux méthodologiques; 2) la diversité des identités de fans; et 3) la dimension politique des pratiques de fans.
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