pen icon Colloque
quote

Penser les limites de l’autoethnographie queer comme moteur de recherche-création indisciplinable

JR

Membre a labase

Joelle Rouleau : Université de Montréal

Résumé de la communication

Inspirée par les travaux de Jones et Adams publié dans Queer Methods and Methodologies (Browne et Nash 2016), j’ai développé une pratique de recherche-création autoethnographique queer. Suite à l’échec (momentané?) de mon plus récent projet créatif, je me questionne sur les limites de l’autoethnographie comme méthodologie queer dans sa mobilisation scientifique. D’une part, la possibilité de se mobiliser émotivement dans un contexte professionnel où la notion du statut artistique n’équivaut pas au statut de chercheure est limitée, et me semble nourrir le paradoxe de l’artiste-activiste-chercheure-professeure d’université que je suis. Plusieurs questions émergentalors: qui peut (se) raconter? Qui peut (s’)institutionnaliser quels savoirs, et comment? D’autre part, tout comme la recherche-création a réussi à échapper aux définitions formelles, la théorie queer se nourrit du paradoxe qu’elle incarne en refusant d’être en elle-même une théorie (De Lauretis 1991). Une ambiguïté émane du paradoxe de tenter de fixer l’indéfinissable et de tenter d’institutionnaliser l’indisciplinable. La recherche-création possède un potentiel queer dans cette façon de sortir du cadre de la recherche et surtout de le repenser. Ma présentation portera sur la manière par laquelle l’échec de marecherche-création a permis de glisser à travers les barreaux de la structure universitaire qui l’a rendue possible, afin d’y provoquer un lieu propice à la réflexion queer et indisciplinée.

Résumé du colloque

Les vingt dernières années ont été le théâtre de nombreuses réflexions sur les modalités de cette « nouvelle » méthodologie, de cette « discipline » fuyante et insaisissable qu’est la recherche-création, et aucun consensus ne se dégage de ces décennies d’intelligence collective sinon que la recherche-création échappe à toute tentative de cristallisation définitive. Il semble alors de moins en moins utile de tenter de la définir et de la concrétiser avec une typologie unanime. Les organismes subventionnaires et les universités en signalent la dualité dans leurs définitions officielles – la recherche-création engendre à la fois production de connaissances (recherche) et innovation artistique (création) –, mais n’imposent ni forme ni extrant.

En parallèle, un corpus important de travaux et d’œuvres artistiques, dans le contexte post-humain et de la crise écologique, cherche à décentrer l’être humain pour considérer le non-humain depuis une posture d’altérité redéfinie. La recherche-création contribue, ne serait-ce qu’en bouleversant les paradigmes statiques de production et de mobilisation du savoir, au développement de ces postures que les études post-décoloniales et situées ont rendu possibles. Pensons à Peter Sloterdijk et à sa distinction entre l’allotechnique et l’homéotechnique (voir Domestication de l’Être, 2000), par exemple, ou encore à Marielle Macé, qui appelle à envisager une « biophilie » au lieu d’une « biologie » (voir Nos cabanes, 2019).

Ce colloque ne cherche pas à enfoncer des portes ouvertes; les interventions qu’il suscite s’attardent à penser les divers chemins de la recherche-création d’une manière attentive aux enjeux sociaux, culturels et politiques qui découlent d’une telle démarche.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 12 mai 2023

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :