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Père des champs versus pères des bœufs : différentes conceptions et pratiques de paternité dans un milieu rural au Nord du Benin

JM

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Jeannett Martin : Allemagne

Résumé de la communication

Les discours des sciences sociales ont tendance à se fonder sur des hypothèses universalistes et homogénéisantes concernant la "paternité", par exemple lorsque la paternité biologique est pris comme modèle standard. Des traveaux des anthropologues ont depuis longtemps remis en question de telles hypothèses en montrant que les représentations et les pratiques de la paternité sont extrêmement variées et qu’elles doivent être comprises dans leurs contextes sociaux, culturels et historiques respectifs.

Dans certains groupes ruraux du nord du Bénin, comme les Mokolle, agriculteurs sédentaires, une autre personne que le père genetique peut être considérée comme le 'vraie' parent d’un enfant. Cela signifie que de nombreux enfants sont élevés par un autre parent que leur père biologique. Il est intéressant de noter que ce modèle d’une parenté sociale contraste en partie avec les pratiques des éleveurs de bétail Peuls qui vivent dans la même région, mais suivent un mode différent de vie. Chez ces derniers, selon mes resultats empiriques, la grande majorité des enfants grandissent dans leurs ménages paternels.

Dans ma presentation, je compare les représentations et pratiques de paternité des agriculteurs Mokolle avec celles des agro-pastoraux Peuls, en argumentant que les différences observées sont liées aux activités économiques dominantes de ces deux groupes- l'agriculture d'une part et l'élevage bovin d'autre part - et à la question des biens transmissibles.

Résumé du colloque

Si, pendant longtemps, les travaux sur le développement de l’enfant ont mis l’accent sur le rôle la de mère et de la figure maternelle, il est de plus en plus question de coparentalité et du rôle du père et de la figure paternelle. Toutefois, il convient de relever que les préoccupations liées à l’homme et à la paternité sont loin de répondre à un principe universel. En fait le type d’engagement, les perceptions du rôle de l’homme et le vécu de la paternité et de la masculinité varient dans le temps et dans l’espace. Les travaux montrent ainsi des différences, mais aussi des similitudes entre les fonctions masculines parmi les cultures et les groupes ethniques. Les valeurs des groupes culturels pourraient expliquer les perceptions différentes du rôle et de la fonction de l’homme (l’individualisme dans la plupart des sociétés occidentales, le collectivisme, la primauté de la famille sur l’individu dans les cultures asiatiques, africaines, etc.). Dans certaines communautés par exemple, les pères ne donnent pas de soins directs aux enfants, à cause de certaines croyances quant à la nature de l’enfant et aux conséquences de l’engagement paternel. Dans une société où le degré de collectivisme est élevé comme dans les sociétés africaines et d’Amérique latine, l’individu naît généralement dans une famille élargie ou un groupe qui le protégera en échange de sa loyauté. L’identité est fonction du groupe social d’appartenance. Par ailleurs, une étude réalisée auprès de familles provenant de plusieurs cultures (Amérique, Asie, Afrique) afin d’évaluer le niveau d’engagement des pères dans les jeux physiques avec leurs enfants montre que même les pays développés présentent de grandes différences entre eux en cette matière. Ce constat souligne l’importance d’en tenir compte dans la définition de la paternité et de la relation père-enfant, car les fonctions parentales sont intrinsèquement liées à la dimension culturelle dans laquelle elles se construisent puis s’exercent.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 12 mai 2023

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