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Catherine Lemire : UQAM - Université du Québec à Montréal
La recherche proposée porte sur le potentiel non-normatif du gras, qui subvertit les normes de genre binaire. C’est suite à plusieurs années d’implication dans des milieux queer qu’est né l’intérêt de cette recherche, alors que nous avons eu l’occasion d’observer que les angles morts qui subsistent sur le terrain quant à ces enjeux se répercutent également dans la littérature queer et féministe.
La nonbinarité, qui défie les catégories de genre binaires, gagne en visibilité depuis les dernières années au sein des sociétés occidentales[1]. Nous mobilisons la performativité du genre butlérienne pour proposer que l’émergence de la non-binarité sur la scène politique mainstream s’accompagne d’une performativité de (non-)genre, et que celle-ci, en dépit de son aspiration à subvertir les normes de genre, reconduit des principes grossophobes[2].
Une légère historicisation de la grossophobie, en tant qu'oppression systémique basée sur la grosseur d'une personne[3], révèle qu'elle prend source dans des origines coloniales sur lesquelles se sont également édifiées le genre. Les catégories de genre binaires, ainsi, s’accompagnent d’une injonction à la minceur, que n’arrive pas à dépasser la non-binarité.
Nous souhaitons, pourtant, réaffirmer le potentiel subversif du gras, alors que le fait d’être gros-se,ou d’être d’une grosseur qui surpasse les standards sociétaux occidentaux valorisant la minceur, déstabilise la notion même de genre[4].
Depuis une dizaine d’années, les jeunes trans et non binaires (TNB) sont de plus en plus visibles au Québec, autant dans les médias, les politiques d’organismes qui les desservent que dans la société civile. En 2016, le Code civil et la Charte des droits et libertés de la personne ont été modifiés, notamment pour permettre aux mineurs trans d’obtenir un changement de la mention de sexe sur l’acte de naissance et protéger explicitement l’identité de genre contre les discriminations. En 2017, c’était au tour du gouvernement fédéral de légiférer en ajoutant des dispositions et aussi dans le Code criminel et dans la Charte canadienne des droits et libertés afin de mieux protéger l’identité et l’expression de genre. Depuis juin 2022, il est maintenant possible de demander la mention X sur les documents officiels. Ainsi, les jeunes trans sont non seulement plus visibles, mais aussi mieux protégé·e·s légalement. Cela dit, les situations d’exclusion, de violence et de non-reconnaissance perdurent, et les jeunes TNB continuent à vivre des situations d’adversité qui compromettent leur bien-être et leur inclusion.
C’est d’autant plus vrai pour les jeunes TNB qui se retrouvent à l’intersection de différents groupes historiquement marginalisés, qu’il soit question de jeunes migrant·e·s, racisé·e·s, autochtones, neurodivergent·e·s, en situation de handicap, etc. En effet, les situations d’oppression ne feraient pas que s’additionner, mais s’accumuleraient de manière exponentielle.
Comment les nouvelles connaissances dont nous disposons s’adaptent-elles aux jeunes TNB vivant à l’intersection de multiples dimensions sociales ? Comment assurer que la recherche répond réellement aux besoins des jeunes trans et non binaires, et à leurs communautés, particulièrement celles qui se retrouvent aux croisements de différentes identités sociales ? Quelles interventions s’avèrent les meilleures pour soutenir les jeunes TNB et faciliter le développement de leur résilience ?
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