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Simon Corneau : UQAM - Université du Québec à Montréal
La thèse de la sexualisation de la culture soutient que nous assistons depuis les années 2000 à une prolifération de discours et représentations sur la sexualité dans les sociétés occidentalisées. Cette thèse engendre cependant des débats théoriques polarisés. D’un côté, elle génère certaines craintes quant au fait qu’elle réduit le plaisir sexuel à une performance marchandisée. De l’autre côté, on la considère comme un signe de progrès en ce sens qu’elle démocratise, normalise, et rend visible la pluralité des possibles en matière de sexualité. Au sein de cette présentation, à la lumière du concept de sexualisation de la culture, nous présenterons une analyse préliminaire d’entretiens semi-dirigés menés auprès d’adultes de 25 ans et plus portant sur l'expérience du plaisir sexuel. L’analyse thématique montre que les personnes interrogées mobilisent des éléments de discours qui se situent dans les deux pôles du débat; la normalisation de la sexualité et du plaisir sexuel au niveau social, de même que la diversification du matériel pornographique, peuvent être interprétés tant comme des représentations qui véhiculent des idéaux normatifs que comme des manifestations qui légitiment et valorisent le plaisir sexuel. Conséquemment, nous défendons l’importance de se distancer de la vision polarisée lorsqu’il est question de positionner l’expérience du plaisir sexuel dans la thèse de la sexualisation de la culture afin de représenter la complexité des expériences des individus.
Qu’est-ce que le plaisir sexuel ? Quels sont ses facteurs d’influence ? Comment les gens en font l’expérience ? Comment en discuter ? Comment le promouvoir sans verser dans l’injonctif ? Les médias et Internet véhiculent un alliage d’informations d’un point de vue autant spécialiste que profane, commercial et consumériste pour améliorer sa sexualité, ses relations et sa santé sexuelle. Or, parmi ces informations, peu traitent du plaisir, du désir et de l’excitation de manière réaliste, concrète et ancrée dans le vécu des gens (Kleinplatz, 2013). Sur le plan scientifique, bien que l’Organisation mondiale de la santé reconnaisse le plaisir sexuel comme composante importante de la santé sexuelle, force est de constater que très peu d’études s’y intéressent. En effet, le manque de recherches et de publications scientifiques portant sur les aspects gratifiants et agréables du potentiel érotique humain est documenté, et cette tendance semble se maintenir dans le temps. Comme le mentionnent Tolman, Bowman et Fahs (2014), « ironiquement, les recherches sur la sexualité s’intéressent peu au sexe; ce que les gens font, pensent et ressentent lorsqu’ils expriment un ressenti sexuel ou utilisent leurs corps de façon sexuelle sont très rares » (p. 760, traduction libre). Plus récemment, Jones (2018) note l’absence du plaisir sexuel comme sujet d’étude empirique; la majorité des articles publiés sur la sexualité humaine s’inscrivent dans une vision déficitaire, pathologique, médicalisante et axée sur les risques et la victimisation sexuelle. Devant ces constats, le but de ce colloque est de rassembler chercheur·se·s, clinicien·ne·s, groupes communautaires, théoricien·ne·s et personnes étudiantes qui travaillent à diverses facettes du plaisir sexuel, et de discuter d’avenues de collaborations et de recherches ultérieures innovantes sur cet aspect crucial de la santé sexuelle.
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