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Djeneric Saka Alandji : Université Omar Bongo
La covid.19 reste dans la mémoire collective des Gabonais une expérience difficile. La pugnacité du virus a entraîné des modifications dans les habitudes, aussi bien dans la vie en société que dans le monde professionnel. Elle a contraint les gouvernements à prendre des mesures de restriction qui ont reconfiguré l’organisation du travail, dans les entreprises comme dans les administrations publiques. Dans cette (ré)organisation, le distanciel s’est imposé comme alternative de maintien de l’activité économique dans la quasi-totalité des entreprises et des administrations. Ce contexte plutôt inédit n’est pas allé sans interroger les transformations en profondeur de l’organisation du travail à la lumière des modalités de mise en œuvre du travail à distance.
Notre contribution pose la question suivante : si pendant la période de la covid.19 le distanciel s’est imposé à l’organisation, alors celui-ci ne serait-il pas une opportunité d’agilité à l’ère post-covid dans les entreprises ? Après avoir analysé les transformations organisationnelles consécutives à la pandémie dans deux structures témoins (City Bank et l’Institut universitaire des sciences de l’organisation), notre étude se proposera au moyen d’une analyse à la fois sociologique et sémiotique de ressortir d’une part les survivances de la covid.19 dans le post-covid et d’autre part, les significations des méthodes issues de l’hybridation présentiel-distanciel de l’organisation du travail en situation de crise.
La Grande Fermeture de mars 2020 a forcé une pluralité d’organisations à fonctionner en mode virtuel en l’espace de seulement quelques jours, un changement brusque d’une ampleur historique qui exigeait de revoir en profondeur la gestion des entreprises. Malgré la soudaineté du moment, de nombreux employé.e.s ont rapidement adopté cette nouvelle manière de travailler au point où une majorité d’entre eux ont ouvertement exprimé leur préférence à conserver ce mode de travail (Economist et Gartner, 2021). Puis, dès 2021, plusieurs entreprises ont désiré que leurs employé.e.s épousent un modèle de travail hybride qui devait, à l’origine, promouvoir la flexibilité et l’équilibre professionnel. Elles ont alors adopté différentes stratégies afin d’entamer ce retour au travail, que ce soit par l’imposition d’un nombre minimal de jours par semaine en présentiel ou, au contraire, en laissant aux salarié.e.s une certaine marge de manœuvre pour définir la période et la fréquence de leur retour sur les lieux de travail. Cette approche dissymétrique a toutefois attisé la compétition entre les organisations dans un contexte de rareté des talents. En parallèle au retour progressif des salarié.e.s en présentiel, les organisations ont entrepris une réflexion quant à l’avenir de leurs milieux de travail. En effet, la pandémie a démontré que les travailleurs pouvaient être tout aussi efficaces, sinon plus, en mode virtuel (Gartner, 2021). Ainsi, les façons de gérer le personnel en vigueur avant la crise sanitaire, qui requéraient une présence physique sur les lieux de travail, sont rapidement devenues caduques. Les organisations ont donc investi des sommes importantes afin de fournir à leurs employé.e.s l’équipement technologique nécessaire en plus de modifier les espaces de travail pour créer un environnement moderne visant à maximiser la collaboration et la concertation, sans toutefois obtenir de garantie que ces efforts porteraient fruit dans un contexte de profonde mutation des habitudes de travail.
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