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Pour une (dé)charge poétique écoféministe

ML

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Marilyne Lamer : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Dans Freshkills. Recycler la terre, Lucie Taïeb refuse de détourner le regard. Histoire de ruine, de hantise et d’oubli, cet essai est un puissant requiem contre le désastre écologique associé à la notre surconsommation effrénée et un appel à une saine gestion des pratiques urbaines. L’essai de Taïeb montre que ce qui est relégué aux confins, sous le couvert de saleté ou de dangerosité, peut se convertir en attribut de pouvoir et d’affirmation. Ainsi, la communication proposée montrera que l’archéologie urbaine à laquelle se prête Taïeb permet non seulement de faire émerger des ordures ménagères un grand parc récréatif naturel au goût du jour, mais aussi un espace de recueillement qui permet l’émergence d’une voix poétique féministe, elle aussi trop longtemps enclavée ou reléguée en périphérie. C’est dire que cette communication vise à tracer un parallèle entre le sens de nos rituels d’exclusion et l’expression littéraire de voix féminines souvent reléguées aux marges. Quels sont les liens qui unissent un territoire et une parole longtemps oubliés et méprisés ? Recycle la terre de Lucie Taïeb est une expérience sensible et féministe à dimension métaphorique. À terme, la présentation conduira à mieux saisir les rapports qu’entretiennent les sociétés modernes à leurs pratiques urbaines, mais de façon plus spécifique encore, les liens particuliers qui unissent un territoire et des voix ayant longtemps été camouflés, refoulés et aseptisés.

Résumé du colloque

Si l’écoféminisme gagne en popularité au sein des sciences sociales, peu de recherches en études urbaines présentent une telle perspective. Pourtant les propositions théoriques et analytiques des écoféminismes offrent des clés de lecture pertinentes afin de se pencher sur les enjeux urbains de notre siècle.

Plus qu’un simple mouvement de protection environnemental porté par des femmes, les écoféminismes recoupent une série de luttes, concepts, théories, éthiques et pratiques favorisant l’émancipation conjointe des femmes et de la nature de la domination masculine. Dans l’imaginaire collectif, l’écoféminisme est généralement associé à des mouvements de luttes socioterritoriales portées par des femmes racisées ou autochtones dans des zones d’extraction de ressources naturelles et où les violations de la Terre-Mère vont de pair avec des violences genrées. Peu d’attention est portée aux multiples manières dont les citadines ont des affiliations avec ces luttes et se mobilisent quotidiennement autour de revendications ou pratiques écoféministes.

Les écologies politiques urbaines ne se sont, quant à elles, que peu intéressées au genre. Insistant sur la ville comme espaces d’inégalités, elles ont laissé dans l’ombre l’agentivité des groupes marginalisés à s’approprier l’espace et à créer les leurs, ainsi que tout un pan des activités humaines relatif à la reproduction sociale, aux émotions et à la corporalité.

En valorisant une compréhension relationnelle de l’espace et encourageant l’adoption d’une approche intersectionnelle et multiscalaire, une perspective écoféministe des urbanités éclaire ces angles morts et ouvre la voie à l’enrichissement tant des théories que des recherches empiriques en milieu urbain. Se pencher sur les manières dont les écoféminismes nous révèlent et nous racontent une autre histoire de la ville, et de la toile de relations multiples et complexes qui s’y tissent au quotidien, s’avère dès lors non seulement intéressant, mais nécessaire.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 12 mai 2023

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