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Quel « nous » dans le contexte de la lutte face à la crise écologique ?

LG

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Laurie Gagnon-Bouchard : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Partant du nous apparaissant dans la rue de Montréal lors des manifestations en marge de la COP15, je souhaite montrer que le nous souvent mobilisé face à la crise climatique mérite d’être interrogé à la lumière des différences internes qui le composent en raison des injustices environnementales et sociales. Comme les auteur·e·s de l’écoféminisme, de l’écologie décoloniale et de l’écologie queer le dénoncent, les usages discursifs du nous ont parfois le risque d’effacer les inégalités propres aux personnes socialement marginalisées face aux enjeux écologiques. Bien que les critiques du nous doivent être rappelées, la création d’un nous alternatif capable de mener le changement collectif nécessaire pour la suite du monde ne doit pas être abandonné. Les stratégies coalitionnelles permettraient possiblement d’affronter la crise collectivement sans reconduire les écueils de la politique des identités (vouloir incarner la victime parfaite ou totaliser une catégorie) (Sandilands, 1999; Haraway, 1991), sans invisibiliser le différentiel de précarité (par une politique des corps) (Butler, 2016; Ferdinand, 2019), sans reproduire des schèmes de domination (par une confrontation aux logiques de maîtrise et aux schèmes de domination qui s’insèrent en nous)(Gilson, 2011; Starhawk, 2015; Singh, 2018), et en tentant de faire advenir une éthique de la cohabitation (Butler, 2016; Ferdinand; 2019).

Résumé du colloque

Si l’écoféminisme gagne en popularité au sein des sciences sociales, peu de recherches en études urbaines présentent une telle perspective. Pourtant les propositions théoriques et analytiques des écoféminismes offrent des clés de lecture pertinentes afin de se pencher sur les enjeux urbains de notre siècle.

Plus qu’un simple mouvement de protection environnemental porté par des femmes, les écoféminismes recoupent une série de luttes, concepts, théories, éthiques et pratiques favorisant l’émancipation conjointe des femmes et de la nature de la domination masculine. Dans l’imaginaire collectif, l’écoféminisme est généralement associé à des mouvements de luttes socioterritoriales portées par des femmes racisées ou autochtones dans des zones d’extraction de ressources naturelles et où les violations de la Terre-Mère vont de pair avec des violences genrées. Peu d’attention est portée aux multiples manières dont les citadines ont des affiliations avec ces luttes et se mobilisent quotidiennement autour de revendications ou pratiques écoféministes.

Les écologies politiques urbaines ne se sont, quant à elles, que peu intéressées au genre. Insistant sur la ville comme espaces d’inégalités, elles ont laissé dans l’ombre l’agentivité des groupes marginalisés à s’approprier l’espace et à créer les leurs, ainsi que tout un pan des activités humaines relatif à la reproduction sociale, aux émotions et à la corporalité.

En valorisant une compréhension relationnelle de l’espace et encourageant l’adoption d’une approche intersectionnelle et multiscalaire, une perspective écoféministe des urbanités éclaire ces angles morts et ouvre la voie à l’enrichissement tant des théories que des recherches empiriques en milieu urbain. Se pencher sur les manières dont les écoféminismes nous révèlent et nous racontent une autre histoire de la ville, et de la toile de relations multiples et complexes qui s’y tissent au quotidien, s’avère dès lors non seulement intéressant, mais nécessaire.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
Discutant-e- de la session : Naomie Léonard
section icon Date : 12 mai 2023

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