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Maxime Polleri : Université Laval
Basée sur un terrain ethnographique conduit au Japon, cette présentation suit le cas d’agriculteurs qui ont décidé de rester à Fukushima, et ce malgré une contamination non négligeable. Ces derniers ont adopté de nouvelles pratiques pour vivre en sols contaminés, grâce à des projets expérimentaux de mesure de radioactivité ou de décontamination des rizières. Je soutiens que ces fermiers ont développé une forme de « solidarité toxique », embrassant une vie avec la contamination, plutôt que d’opter pour une relocation ou une évacuation permanente hors de Fukushima.
Le concept de « solidarité toxique » décrit comment les fermiers ont appris à nouer de nouvelles relations avec leur environnement irradié, tout en forgeant de nouvelles communautés et en remodelant leurs identités et valeurs communes. Bien que la contamination ait divisé les agriculteurs, elle réunit également ces derniers de manière étrange et inattendue.
Dans un contexte marqué par le concept d’anthropocène, l’histoire des fermiers de Fukushima démontre comment de nouvelles communautés peuvent exprimer leur libre arbitre et leur créativité, même dans des conditions toxiques permanente. Elle montre également comment cette créativité peut être cooptée et exploitée par des acteurs douteux.
Inondations, vagues de chaleur, feux dévastateurs, ouragans plus fréquents et plus puissants, fontes des glaciers – les dérèglements climatiques et leurs conséquences dramatiques prennent de plus en plus de place dans l’actualité tandis que l’érosion de la biodiversité et la déstabilisation des cycles de l’azote ou du phosphore se poursuivent à bas bruit. Chaque fois, les activités humaines se révèlent être l’un des principaux moteurs de ces bouleversements sans précédent. Or, depuis plusieurs années maintenant, la notion d’Anthropocène s’est imposée, dans les médias comme dans le champ scientifique, pour rendre compte de cette époque nouvelle qui est la nôtre et qui se caractérise par l’impact de plus en plus visible des activités humaines sur la surface planétaire. Ce concept, popularisé au tournant du siècle par le chimiste Paul Crutzen et le biologiste Eugene Stoermer, suscite pourtant de nombreux débats, que ce soit quant à sa définition exacte, son point de départ, ses enjeux sociaux et politiques, ou son utilisation à l’extérieur des cercles universitaires. S’il n’est pas encore validé par les géologues en charge de qualifier les unités chronostratigraphiques pouvant être identifiées dans les couches sédimentaires, il est déjà fortement remis en question, en particulier du côté des sciences humaines et sociales, du fait de sa nature trop imprécise et de sa visée trop apolitique. Des voix s’élèvent ainsi déjà pour annoncer l’obsolescence programmée de ce concept. C’est dans ce contexte que nous nous proposons de réunir des chercheur·e·s francophones de différents champs disciplinaires (géographie, anthropologie, biologie, philosophie, histoire), tant celles et ceux qui portent un regard critique sur le concept d’Anthropocène que celles et ceux qui en étudient les diverses manifestations, afin de réfléchir, collectivement, à la pertinence, aux limites, aux enjeux, voire même au possible dépassement du concept, essentiellement interdisciplinaire, d’Anthropocène.
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