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Christelle Achard : Université de CaenNormandie
Cette communication s’inscrit dans une période considérée comme «post-crise sanitaire», laquelle semblait avoir porté un coup de projecteur sur le travail social et ses publics, avec une inflexion temporaire des logiques d’action, en France. Une des «apparentes inflexions» qui semble avoir émergée de cette période semble être le retour en vogue de l’«aller-vers». «Dans quelle mesure celui-ci s’inscrit-il dans un contexte paradoxal d’éloignement multidimensionnel des institutions d’avec les publics?».
Nous nous appuierons sur notre expérience ethnographique dans le secteur de l’hébergement/logement, conjuguée avec une approche bibliographique conséquente, dans une perspective constructiviste. Il s’agira pour nous de mettre en exergue un certain nombre de tensions paradoxales dont les appels au retour en vogue de l’«aller-vers» en travail social est porteur : disparition des espaces/services d’accueil, développement de la dématérialisation et plateformisation de l’intervention sociale, renforcement des logiques d’activation et de quantification, pénurie des réponses.
Finalement, nous poserons la question d’un mouvement paradoxal qui tendrait à renforcer la scission des publics entre publics marginalisés «enfermés» dans une logique de présentisme (aller-vers, urgence sociale) et publics plus «autonomes» susceptibles de tirer les aspects bénéfiques d’un accompagnement social fondé sur l’activation.
La Grande Fermeture de mars 2020 a forcé une pluralité d’organisations à fonctionner en mode virtuel en l’espace de seulement quelques jours, un changement brusque d’une ampleur historique qui exigeait de revoir en profondeur la gestion des entreprises. Malgré la soudaineté du moment, de nombreux employé.e.s ont rapidement adopté cette nouvelle manière de travailler au point où une majorité d’entre eux ont ouvertement exprimé leur préférence à conserver ce mode de travail (Economist et Gartner, 2021). Puis, dès 2021, plusieurs entreprises ont désiré que leurs employé.e.s épousent un modèle de travail hybride qui devait, à l’origine, promouvoir la flexibilité et l’équilibre professionnel. Elles ont alors adopté différentes stratégies afin d’entamer ce retour au travail, que ce soit par l’imposition d’un nombre minimal de jours par semaine en présentiel ou, au contraire, en laissant aux salarié.e.s une certaine marge de manœuvre pour définir la période et la fréquence de leur retour sur les lieux de travail. Cette approche dissymétrique a toutefois attisé la compétition entre les organisations dans un contexte de rareté des talents. En parallèle au retour progressif des salarié.e.s en présentiel, les organisations ont entrepris une réflexion quant à l’avenir de leurs milieux de travail. En effet, la pandémie a démontré que les travailleurs pouvaient être tout aussi efficaces, sinon plus, en mode virtuel (Gartner, 2021). Ainsi, les façons de gérer le personnel en vigueur avant la crise sanitaire, qui requéraient une présence physique sur les lieux de travail, sont rapidement devenues caduques. Les organisations ont donc investi des sommes importantes afin de fournir à leurs employé.e.s l’équipement technologique nécessaire en plus de modifier les espaces de travail pour créer un environnement moderne visant à maximiser la collaboration et la concertation, sans toutefois obtenir de garantie que ces efforts porteraient fruit dans un contexte de profonde mutation des habitudes de travail.
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