Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Yann Bruna : Université Paris Nanterre
La fréquentation juvénile des espaces communicationnels en ligne s’accompagne, depuis quelques années, de vérifications de présence interindividuelles toujours plus diversifiées et intrusives. Le recours à la position géographique des pairs, par le biais du partage de localisation, s’impose sans doute aujourd’hui comme l’illustration paroxystique de ces modalités de surveillance à l’ère numérique. Cette communication, qui s’appuie sur une méthodologie qualitative (27 entretiens semi-directifs), vise ainsi à rendre compte des pratiques adolescentes de la géolocalisation des pairs. Il ressort que si elle peut tout à fait être utilisée par simple curiosité ou servir des stratégies de regroupement ou d’évitement, la géolocalisation reste d’abord révélatrice de vérité dans le cas de fortes amitiés ou de relations sentimentales. Le partage de la position géographique par le biais des réseaux socionumériques apparaît ensuite très codifié : la déconnexion volontaire à l’outil entraîne la nécessité d’une justification et le consentement à donner sa position implique la réciprocité du partage. Ces pratiques de surveillance mettent enfin en saillance la nécessité de disposer de compétences techniques spécifiques, qui rendent celles et ceux qui en sont dépossédé.e.s doublement vulnérables, à leur capacitation à protéger leur vie privée d’une part, et au regard des pairs à la suite d’un potentiel mésusage d’autre part.
Dans le contexte actuel de transformation numérique de notre société, où les usages quotidiens des applications mobiles (tant par les individus que par les entreprises ou les États ou gouvernements) ont dépassé les prévisions les plus optimistes, il importe d’interroger les nouveaux enjeux et questionnements politiques, économiques, technologiques, éthiques, juridiques et culturels que soulève le recours massif à ces applications mobiles, tout en évaluant et en anticipant leurs incidences actuelles et à venir sur la société, notamment en ce qui concerne les occasions et les risques.
En effet, au-delà des incantations magiques liées à la société du « tout numérique », les applications et services mobiles offrent d’innombrables occasions pour les entreprises et des bénéfices concrets en ce qui touche l’amélioration des conditions de vie pour les citoyens et utilisateurs dans des domaines tels que la santé et le bien-être; l’agriculture; l’environnement; l’intelligence urbaine; les services financiers et bancaires; l’éducation; ou encore l’accès à la culture. Par ailleurs, l’usage de ces applications présente des risques élevés, voire des menaces, pouvant avoir des effets non négligeables en matière d’empreinte carbone et d’impact environnemental, de surveillance massive, de sécurité et de vol de données, d’intrusivité et de violation de la vie privée, de nouvelles inégalités ou fractures numériques, etc.
Au regard de tous ces enjeux, les conférences et communications qui seront présentées dans le cadre du colloque tenteront d’apporter des éléments de réponses aux questions suivantes : 1) En quoi, les applications mobiles servicielles reflètent-elles ou ont-elles une incidence (positivement ou négativement, et durablement) sur nos modes de vie ainsi que l’évolution de nos sociétés ? 2) Dans quelle mesure peuvent-elles constituer un appui à un changement comportemental dans nos rapports (individuel et collectif) à la technologie et dans notre manière de concevoir le progrès technologique et ses incidences potentielles sur notre société et sur le développement, dans une perspective durable ? 3) Enfin, qu’en est-il du rôle des pouvoirs publics face aux défis de régulation que posent ces dispositifs (sociotechniques) mobiles (qui ne sont pas neutres) et leurs développeurs ou fabricants par rapport à l’intérêt public, à l’épanouissement des personnes qui les utilisent et à un développement numérique généralisé de la société qui soit plus inclusif, durable et équitable pour tous ?
Toutes ces questions seront abordées de manière transversale au fil des six axes thématiques du colloque, qui sont les suivants : 1) Applications mobiles, société et consommation; 2) Applications mobiles, santé et bien-être; 3) Applications mobiles, cultures et découvrabilité des contenus locaux; 4) Applications mobiles, 5G et IA; 5) Applications mobiles au service du développement; et 6) Applications mobiles, vie privée, régulation et gouvernance publique.
Titre du colloque :