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Damien Lamine : Conservatoire national des arts et métiers
Notre thèse s’intéresse aux articulations organisant-organisé de Doctolib, entreprise privée qui met en relation des soignants et des patients, au travers d’une plateforme numérique, dans leur prise de rendez-vous médicaux en France. Nous essayons de comprendre comment les parties constituantes, les collaborateurs Doctolib, les soignants et les patients, entrent dans des transactions coopératives. Notre communication interrogera les relations entre ces acteurs-passeurs in media res et cet artefact plateforme. Ancré dans une approche communicationnelle, telle que la communication crée l’organisation, ce travail interroge les modalités contractuelles derrière ces transactions, telles qu’elles assurent « la permanence de la structure organisationnelle » (Taylor, 1993). Lors de ce colloque, nous présenterons une comparaison et une réflexion théorique autour des contrats et de leur interprétation par les parties constituantes dans la construction organisationnelle. D’un côté, ces plateformes numériques seraient des dispositifs capacitants, avec de véritables transactions collaboratives, aux modalités contractuelles claires. D’un autre côté, ces plateformes numériques seraient des dispositifs exploitants, aux modalités contractuelles opaques, qui mèneraient à des dévoiements transactionnels. Nous nous appuierons sur des entretiens compréhensifs auprès des différentes parties constituantes pour vous présenter une première analyse de l’organisation Doctolib.
James R. Taylor, le fondateur de l’École de Montréal en communication organisationnelle, une école de pensée mondialement reconnue en sciences de la communication et en études organisationnelles, est décédé le 21 avril dernier à l’âge vénérable de 93 ans. Depuis la publication, en 1988, de son ouvrage intitulé Une organisation n’est qu’un tissu de communications, James Taylor n’avait cessé de mettre de l’avant la nécessité de penser les phénomènes organisés à partir d’une perspective résolument communicationnelle, c’est-à-dire d’une perspective centrée sur la manière dont les êtres humains coopèrent pour faire être et fonctionner des ensembles organisés. Alors que la communication était, jusque dans les années 1980, essentiellement pensée comme une diffusion d’informations (comment mieux communiquer les décisions et positions de l’entreprise à l’ensemble du personnel, au grand public, aux actionnaires, etc.), Taylor a proposé ni plus ni moins un changement de paradigme en montrant que la communication était, en fait, constitutive de tout phénomène organisé. Ce programme de recherche, qui fut rétrospectivement baptisé approche CCO (pour constitution communicationnelle de l’organisation), a depuis inspiré des personnes représentant les cinq continents. Toutes et tous tentent ainsi de montrer que la communication n’est pas simplement quelque chose qui se passe dans les organisations, mais que l’organisation elle-même est à trouver, en quelque sorte, dans la communication. Ce colloque propose ainsi de réunir les représentantes et représentants francophones de ce mouvement de pensée afin non seulement de rendre hommage à ce chercheur hors normes qu’était James R. Taylor, mais aussi d’explorer les développements futurs de cette perspective. En particulier, nous inviterons l’ensemble des participants à réhabiliter les phénomènes de diffusion, de propagation et de transmission qui ont peut-être été trop négligés par le mouvement CCO, pour des raisons finalement assez idéologiques. Au-delà des enjeux théoriques et analytiques qui seront explorés au cours de ce colloque, ce dernier a également l’ambition de creuser plus avant les conséquences pratiques du tournant paradigmatique opéré par James R. Taylor. Comme on le sait, quand le milieu des praticiens pense la communication, c’est généralement en termes de transmission d’informations, ce qui est, somme toute, normal et attendu. On ne compte plus, en effet, les « problèmes de communication » qui hantent toute organisation, que l’on parle d’entreprises, d’ONG ou d’administrations gouvernementales. En rejetant le paradigme de la transmission, qui prévalait dans les sciences organisationnelles jusque dans les années 1980, le mouvement CCO a certes pu innover en montrant tout ce qu’une perspective communicationnelle pouvait apporter à notre compréhension des phénomènes organisés, mais il a peut-être négligé la nécessité d’un dialogue avec le monde de la pratique, toujours très axé sur le paradigme diffusionnel.
Titre du colloque :