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Alexandre Klein : Université d'Ottawa
La philosophie est d’abord, il ne faut pas l'oublier, une pratique d’existence, une manière de vivre, un mode de subjectivation à part entière. Or, l’Anthropocène s’est imposé, au-delà des débats proprement sémantiques comme géologiques qui font toujours rage, comme une description biosociopolitique de notre contemporanéité. De ce point de vue, elle entend aussi, et peut-être avant tout, décrire nos conditions singulières et actuelles d’existence, plus que de rendre compte d’une réalité chronostratigraphique clairement établie ou à venir. Si c’est le cas, la philosophie a, en accord avec sa tradition phénoménologique, pour mission de donner sens à cette expérience qu’est la vie en Anthropocène, voire peut-être, en accord avec sa tradition thérapeutique, plus ancienne encore, de nous permettre de soigner nos existences anthropocénisées et avec elles, si possible, les ravages faits au vivant qui qualifient cette ère nouvelle.
C’est cette voie que je me propose d’explorer au cours de cette communication qui visera à interroger l’Anthropocène comme trame de fond de nos existences contemporaines à l’aune de la notion de trouble, telle que mise en scène par Donna Haraway, et de la notion d’errance, telle que peut nous inviter à la penser Georges Canguilhem. Bref, il s’agira de voir en quoi la philosophie peut nous aider à semer le trouble dans nos existences anthropocénisées, de manière à assumer l’errance que nous impose cette nouvelle ère écologique.
Inondations, vagues de chaleur, feux dévastateurs, ouragans plus fréquents et plus puissants, fontes des glaciers – les dérèglements climatiques et leurs conséquences dramatiques prennent de plus en plus de place dans l’actualité tandis que l’érosion de la biodiversité et la déstabilisation des cycles de l’azote ou du phosphore se poursuivent à bas bruit. Chaque fois, les activités humaines se révèlent être l’un des principaux moteurs de ces bouleversements sans précédent. Or, depuis plusieurs années maintenant, la notion d’Anthropocène s’est imposée, dans les médias comme dans le champ scientifique, pour rendre compte de cette époque nouvelle qui est la nôtre et qui se caractérise par l’impact de plus en plus visible des activités humaines sur la surface planétaire. Ce concept, popularisé au tournant du siècle par le chimiste Paul Crutzen et le biologiste Eugene Stoermer, suscite pourtant de nombreux débats, que ce soit quant à sa définition exacte, son point de départ, ses enjeux sociaux et politiques, ou son utilisation à l’extérieur des cercles universitaires. S’il n’est pas encore validé par les géologues en charge de qualifier les unités chronostratigraphiques pouvant être identifiées dans les couches sédimentaires, il est déjà fortement remis en question, en particulier du côté des sciences humaines et sociales, du fait de sa nature trop imprécise et de sa visée trop apolitique. Des voix s’élèvent ainsi déjà pour annoncer l’obsolescence programmée de ce concept. C’est dans ce contexte que nous nous proposons de réunir des chercheur·e·s francophones de différents champs disciplinaires (géographie, anthropologie, biologie, philosophie, histoire), tant celles et ceux qui portent un regard critique sur le concept d’Anthropocène que celles et ceux qui en étudient les diverses manifestations, afin de réfléchir, collectivement, à la pertinence, aux limites, aux enjeux, voire même au possible dépassement du concept, essentiellement interdisciplinaire, d’Anthropocène.
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