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Construire le « nous » en salle des maîtres, de l’expression de l’appartenance au groupe professionnel à l’expression de l’appartenance au groupe racial majoritaire

LF

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Laura Foy : Aix-Marseille Université

Résumé de la communication

Si l’analyse des processus de construction de l’altérité est essentielle à la compréhension du phénomène de la racialisation et du racisme dans le système scolaire, celle-ci reste partielle si elle ignore les modes de constitution du groupe majoritaire.

Dans les écoles du réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+), les frontières des groupes raciaux majoritaires et minoritaires se superposent à celles séparant les enseignant·es majoritairement blanc·hes des élèves subissant de plein fouet la ségrégation scolaire. Quels sont les effets de cette composition des deux groupes sur la construction d’une identité professionnelle enseignante racialisée ? Comment la socialisation professionnelle constitue-t-elle en même temps une socialisation raciale blanche? Et in fine, comment cette identité professionnelle racialisée est-elle opposée par les enseignant·es à l’identité des publics assignés par là-même à l’altérité raciale ?

Cette communication, fondée sur une enquête menée auprès d’enseignant·es (N=67) exerçant dans des écoles REP+ de Marseille (N=30), analysera les modes de construction du « Nous » enseignant dans ces écoles ségréguées afin de montrer comment l’identité professionnelle s’y articule avec une conception restrictive de la francité et de l’identité nationale (celle des «franco-français») ainsi qu’avec une dimension religieuse de l’identité (chrétienne, ou a minima non musulmane) pour transformer le « nous » professionnel des enseignant·es en « nous » racial blanc.

Résumé du colloque

L’école, en tant qu’institution centrale de socialisation, porte en elle des idéaux de culture commune et de citoyenneté collective. Toutefois, elle se présente aussi comme un espace pluriel où se côtoient et se confrontent des identités diversifiées sur les plans social, ethnoculturel, religieux, linguistique, etc. La reconnaissance du potentiel enrichissant de cette diversité n’en exclut pas moins des défis majeurs, notamment dans des contextes où les disparités socioéconomiques exercent une influence palpable sur les ressources et les possibilités éducatives (Delory-Momberger, Mabilon-Bonfils, 2015).

Dès les premières années de scolarisation, l’analyse des pratiques scolaires, des pratiques pédagogiques, des contenus éducatifs et des interactions au sein des établissements scolaires révèle des mécanismes d’altérisation souvent sous-jacents. Ces mécanismes, parfois inhérents aux structures scolaires, contribuent à l’élaboration des identités individuelles et collectives, tout en instaurant des rapports de pouvoir qui peuvent perpétuer des inégalités (Lafortune, 2019; Larochelle, 2021).

Ce colloque se propose d’explorer ces dynamiques et d’interroger la construction de l’altérité et des frontières « eux/nous » en milieu scolaire à partir d’un corpus de recherches réalisées en contexte québécois/canadien, européen (France, Belgique, Suisse) et sud-américain. Nous analysons comment le processus d’altérisation s’exprime dans ces milieux, avec les savoirs transmis, les discours promus, les interactions, les pratiques. Les questions évoquées ci-après guident notre réflexion : Quels sont les marqueurs actuels les plus saillants de cette altérisation? Comment les élèves et leurs familles vivent-ils ces processus? Quelles initiatives mettent en œuvre les institutions en vue de sensibiliser à ces dynamiques, d’ajuster leurs structures et pratiques scolaires pour mieux répondre aux besoins diversifiés des élèves? Quels sont les résultats de ces initiatives?

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 13 mai 2024

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