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Yves Bergeron : UQAM - Université du Québec à Montréal
Le 18 octobre 2017, le gouvernement libéral de Philippe Couillard adoptait le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l'État. Quelques jours plus tard, Québec solidaire proposait de retirer le crucifix du Salon bleu de l’Assemblée nationale. Le gouvernement libéral s’y oppose immédiatement et on assiste à la naissance d’une crise politique, religieuse et identitaire sans précédent qui se poursuit pendant deux ans. L’argument premier pour maintenir le crucifix, malgré que ce signe religieux soit en contradiction avec la loi sur la laïcité de l’état, repose sur le principe qu’il s’agit avant tout d’un objet patrimonial révélateur de la mémoire collective du Québec. Que révèle cette saga passionnée autour de cet objet de culte qui finira par être retiré en 2019 pour se retrouver dans une vitrine adjacente au salon bleu. D’objet religieux, le crucifix devient objet de patrimoine et objet de musée. Mais cette crise a-t-elle vraiment pour enjeu le patrimoine religieux? Cette communication propose d’analyser les enjeux culturels, religieux, politiques, identitaires et politiques en démontrant que le patrimoine est un révélateur exceptionnel des enjeux culturels et que la muséologie sert de médiation dans les cas de conflits identitaires.
Les patrimoines sont plus que jamais menacés dans le sillon des inégalités, des conflits armés, des migrations forcées, des catastrophes naturelles, des changements climatiques, voire même de l’effondrement de la biodiversité. Paradoxalement, les composantes du concept de crise telles que la perturbation, le désordre et l’incertitude incluent parfois des aspects positifs. Par exemple, les patrimoines sont dorénavant considérés en tant que sources et ressources du développement local durable (Delaplace, 2021). À ce titre, le patrimoine culturel immatériel (PCI) est de plus en plus mobilisé dans la transmission des savoirs et des savoir-faire issus de l’interaction avec la nature, en assurant la permanence et la continuité aux communautés qui les transmettent (Tornatore, 2012). Également, les musées deviennent des alliés inestimables pour relever les défis devant les nombreuses menaces que subissent les patrimoines (Bakker et al., 2020).
Dans ce contexte, il devient crucial de mieux connaître l’effet des crises et des enjeux contemporains sur la transmission, la protection et la sauvegarde des patrimoines. Comment peut-on contribuer à dépasser les bouleversements qu’ils subissent pour en assurer la pérennité ? Comment les connaissances actuelles peuvent-elles contribuer à sauvegarder le passé pour assurer l’avenir, tout en se protégeant des prochaines crises ? C’est à ces questions que les communications du présent colloque anticipent de répondre, en proposant des pistes de réflexion et d’orientation pour l’action. Ces dernières visent également à explorer les acceptions des concepts de crises et d’enjeux contemporains des patrimoines tels que leur remise en question, le déclencheur de la transformation, de l’émergence jusqu’aux nouvelles approches et pratiques innovantes. Ainsi, les crises ne correspondent pas seulement à une période de changement ou de chaos, mais elles poussent à une remise en question des normes établies, tout en appelant à la réflexion et à l’engagement citoyen. Cette perspective rend le concept de crise plus riche que le trouble et la perturbation, dont les limites menacent la temporalité des patrimoines.
Bref, ce colloque entend (re)penser les patrimoines en tant que sources et ressources en plus de revisiter d’un œil critique l’état des connaissances actuelles sur ce thème.
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