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Devant les caméras de Radio-Canada : L'entrevue télévisée comme reflet de normes linguistiques en mouvance

AV

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Anne-José Villeneuve : University of Alberta

Résumé de la communication

L’idéologie du ‘standard’, fantasme omniprésent dans l’imaginaire francophone, perpétue les stéréotypes sur des variétés parlées de part et d’autre de l’Atlantique. En effet, certains usages solidement ancrés en Amérique du Nord demeurent stigmatisés dans les discours publics, car on les associe à des vernaculaires jugés trop éloignés d’un ‘standard’ qu’on imagine d’usage courant en Europe.

Dans cette conférence, je présente des résultats issus du projet Démythifier le français québécois, qui décrit de façon nuancée le français québécois soutenu (FQS) et en modélise la variation sociostylistique. S’appuyant sur un corpus d’entrevues télévisées (2003-2013) avec 32 personnalités publiques en situation de parole spontanée, nos analyses mettent en lumière des régularités qui tiennent compte non seulement de facteurs sociaux (âge, pronom d’adresse), mais aussi de la variation intrinsèque à la langue. Notre corpus montre aussi la variation stylistique pour huit personnes ayant été interviewées dans le cadre de deux émissions, l’une axée sur la vie professionnelle et filmée dans les studios de Radio-Canada (Bigot 2021), l’autre axée sur la vie privée et filmée en contexte convivial (Villeneuve 2017a, 2017b ; Villeneuve, Bigot et Beaulieu 2019).

À la lumière de ces analyses, je soutiens que l’entrevue télévisée offre un accès privilégié à certaines subtilités des normes (socio)linguistiques en mouvance que permettent plus difficilement les corpus sociolinguistiques traditionnels.

Résumé du colloque

Ce colloque aborde les enjeux sociaux liés aux pratiques langagières dans les formats médiatiques oraux associés au divertissement et les relations complexes entre ces derniers et les publics auxquels ils s’adressent. Si la langue de l’information est relativement bien étudiée sous l’angle d’une norme endogène dans des régions de la francophonie telles que le Québec, on ne peut pas en dire autant des formats médiatiques oraux associés au divertissement, qui se caractérisent par une plus grande diversité de pratiques langagières.

D’un côté, on y observe des productions où le poids de la norme prescriptive, souvent associée au français des Parisiens cultivés, continue à se faire sentir. C’est notamment le cas des films doublés où des productions dans un français « normatif » (terme employé par le milieu) sont encore la règle, et ceci dans plusieurs régions de la francophonie, tout en faisant réagir certaines personnes qui souhaitent reconnaître leur propre culture dans ces produits. De l’autre côté, certaines productions semblent laisser libre cours aux pratiques non standardisées, par exemple les émissions de téléréalité, provoquant également des réactions négatives. Ainsi, les pratiques langagières des candidat·e·s de la téléréalité québécoise Occupation double qui s’écartent de la norme prescriptive sont l’objet de vifs discours épilinguistiques dans la sphère médiatique et entraînent chez ces personnes un sentiment de honte, voire d’insécurité linguistique. Quels que soient les choix langagiers des équipes de production, ceux-ci ne sont pas sans conséquences sociales : le choix du français « normatif » suggère que les autres variétés de français n’ont pas leur place dans la sphère médiatique; le recours à un français socialement ou géographiquement plus marqué attire la critique de certains auditoires.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 13 mai 2024

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