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Jacinthe Lavoie-Tremblay : Université de Sherbrooke
Dans quelle mesure l’agir écocitoyen commande-t-il une forme ou une autre d’empathie? Selon Reaidi et al. (2015), l’empathie constitue un indicateur de la posture écocitoyenne. Or, cette disposition éthique est davantage associée aux relations entre êtres humains alors que l’écocitoyenneté comprend un souci (caring) vers toutes les formes de vivants. L’une des questions qui se posent est de savoir si et dans quelle mesure il est possible de développer l’empathie chez les jeunes? À cet égard, Sharp (1995) fait l’hypothèse que non seulement la pratique du dialogue philosophique (PDP) permet de développer l’empathie, mais que ce développement sert de point d’ancrage à l’appropriation d’une éthique environnementale chez les jeunes. Mais qu’en est-il plus précisément et particulièrement en contexte de crise climatique? D’abord, en quoi la PDP permet le déploiement de l’empathie chez les jeunes? C’est ce sur quoi portera la présente communication. Suite à la présentation de certains éléments théoriques sur l’empathie, des résultats issus d’un projet visant à documenter l’empathie intersubjective (EI) des adolescents qui pratiquent le DP seront présentés. Ces données ont été recueillies par l’entremise d’entretiens semi-structurés auprès d’élèves pratiquant le DP de façon régulière depuis près de quatre ans et serviront de base à une réflexion commune sur le passage de l’expérience de l’EI en contexte de PDP vers l’empathie environnementale ou écocitoyenne.
Dans le cadre de nos dernières recherches, nous avons développé un modèle transdisciplinaire du pouvoir d’agir en contexte de crise environnementale et climatique (Agundez-Rodriguez, 2022). Son caractère transdisciplinaire implique un niveau élevé d’intégration de l’apprentissage qui se situe au-delà de plusieurs disciplines ainsi que de leurs intersections (Legendre, 2005). En cohérence avec ce principe de transversalité, le modèle intègre des savoirs issus des domaines de l’éducation relative à l’environnement (ERE) et de la pratique du dialogue philosophique (PDP) en communautés de recherche (Lipman, 1980 et 1988; Lago, 2006; Sasseville et Gagnon, 2007; Gagnon et Sasseville, 2011). En lien avec l’ERE, la transdisciplinarité est ainsi présente dans le modèle par le recours à des savoirs environnementaux issus de mouvements sociaux, autochtones et allochtones, et de mouvements communautaires de la société civile. Les habiletés pratiques, l’expérience directe et la transmission orale sur l’environnement et les changements climatiques y sont associées. En ce qui concerne la PDP, l’objectif du modèle est le développement de la pensée critique (associée aux habiletés comme la contextualisation, l’autocorrection et l’argumentation à l’aide de critères) et créative (associée aux habiletés comme l’imagination, la recherche d’alternatives et l’intuition). L’approche de PDP en communautés de recherche favorise ainsi la réflexion sur le monde dans lequel nous vivons (caractérisé par la crise environnementale et climatique) et permet, en même temps, d’imaginer et de construire le monde dans lequel nous voulons vivre (caractérisé par la stabilité environnementale et climatique). Grâce aux présentations des domaines de l’ERE et de la PDP réalisées au sein de ce colloque, nous pourrions explorer le croisement des éléments de notre modèle et son potentiel pour le développement du pouvoir d’agir en contexte de crise environnementale et climatique.
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