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Pierre-Luc Landry : University of Victoria
Les Cinq Diables (L. Mysius, 2022) présente des personnages menant une vie d’apparence banale dans une bourgade alpine : Joanne, professeure d’aquagym mariée à Jimmy, mènent une vie paisible avec leur fille de 10 ans, Vicky. Le film révèle les improbables secrets des protagonistes : immergée dans la « vie sensible » car dotée d’un odorat hypertrophié, Vicky reproduit des odeurs, dont celle de sa tante Julia récemment libérée de prison. Ce parfum permet à la fillette de voyager dans le temps et d’assister à la relation amoureuse qui liait Joanne et Julia une décennie auparavant.
Dans cette fiction, les espaces campagnards parviennent à acquérir ou à révéler leur potentialité queer par, entre autres, la performance de soi de la protagoniste – dont le corps lui-même peut être considéré comme un micro-lieu répondant aux mêmes injonctions de pouvoir que celles définissant la normativité de l’espace. Aussi, nous nous attarderons par deux lieux de la micro-géographie queer du film – celui au sein de l’hétérotopie familiale représentée par l’espace clos de la piscine municipale, et celui dans l’espace libre et ouvert du lac alpin où Joanne nage jusqu’à épuisement. Ainsi, en rapport étroit avec la piscine et le lac accueillant la performance genrée de la protagoniste, l’eau devient le symbole dans Les cinq diables de la fluidité de la queerité.
Ce colloque prend comme perspective les géographies queers dont l’un des objectifs est de souligner certaines des expériences des communautés queers au sein de ces espaces. En effet, selon E. Cram (2019) les géographies queers soulignent à la fois comment « les subjectivités queers ne sont pas extérieures, mais au contraire placées dans des environnements particuliers, des migrations transfrontalières et des flux diasporiques ».
Déstabilisant la dichotomie ville pro-queer vs. campagne anti-queer, les géographies queers peuvent en effet inclure des espaces « [urbains] et [suburbains], des espaces commémoratifs, ainsi que des géographies rurales… elles doivent [aussi] également inclure les lieux intermédiaires, ou les espaces transitoires sur la route » (E. Cram, 2019). Ainsi, il est possible de penser les espaces en-dehors de l’opposition réductrice entre métronormativité et ruralité anti-queer : J. Halberstam (2020), par exemple, tisse des liens entre la nature en tant qu’espace imprévisible et la queerness tandis que l’anti-urbanisme queer de S. Herring (2010) critique vivement le mythe de la métronormativité comme seul mode de vie.
Partant de l’année de sortie de Brokeback Mountain (Ang Lee, 2005), jalon incontournable mais ambivalent de la représentation de personnages queer dans un contexte rural et réfractaire à toute différence sexuelle (Bastanmehr, 2015), l’objectif de ce colloque est d’explorer un corpus grandissant de films non-métronormativitifs et mettant à mal l’idée d’une ruralité anti-queer et de milieux urbains pro-queer. Ce colloque sera l’occasion de mettre en dialogue différentes approches théoriques (queer, postcoloniale, par exemple) et la géographie queer, et d’ainsi favoriser des lectures intersectionnelles originales d’œuvres cinématographiques peu discutées jusqu’à présent.
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