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Rébéca Lemay-Perreault : UQAM - Université du Québec à Montréal
Depuis quelques années, nous observons une mutation paradigmatique dans le champ culturel relativement à la participation des publics. Ceux-ci sont hétéroclites, tout comme leurs rôles. Ils sont néophytes ou amateurs éclairés, seuls ou en groupe, avec ou sans intérêt pour la culture. De simples visiteurs à partenaires dans l’élaboration de contenus et du collectionnement, les objectifs visés concernent la conception de dispositifs participatifs qui soient à la fois relationnels, éducatifs, démocratiques, mais aussi marketing. En muséologie, l’interactivité augmente tant la durée de visite d’une exposition (Henning, 2006), que son empreinte mémorielle chez les visiteurs (Berry et Mayer, 1989). Elle est un indicateur de succès et, avec lui, viennent les précieuses sources de financement, subventions publiques et commanditaires privés. Pour les archives religieuses, il est essentiel de s’engager dans une approche dialogique avec les publics, métamorphosant leur rôle traditionnel de consommateurs passifs en acteurs institutionnels, alors que le secteur vit une crise de désengagement des Québécois envers le patrimoine religieux. S’il est possible de s’inspirer des initiatives innovantes provenant d’autres secteurs culturels, les défis propres aux archives religieuses nécessitent d’adapter les contenus archivistiques religieux, en vue de stimuler la participation des publics dans leur diffusion, au sein de divers contextes institutionnels.
Les patrimoines sont plus que jamais menacés dans le sillon des inégalités, des conflits armés, des migrations forcées, des catastrophes naturelles, des changements climatiques, voire même de l’effondrement de la biodiversité. Paradoxalement, les composantes du concept de crise telles que la perturbation, le désordre et l’incertitude incluent parfois des aspects positifs. Par exemple, les patrimoines sont dorénavant considérés en tant que sources et ressources du développement local durable (Delaplace, 2021). À ce titre, le patrimoine culturel immatériel (PCI) est de plus en plus mobilisé dans la transmission des savoirs et des savoir-faire issus de l’interaction avec la nature, en assurant la permanence et la continuité aux communautés qui les transmettent (Tornatore, 2012). Également, les musées deviennent des alliés inestimables pour relever les défis devant les nombreuses menaces que subissent les patrimoines (Bakker et al., 2020).
Dans ce contexte, il devient crucial de mieux connaître l’effet des crises et des enjeux contemporains sur la transmission, la protection et la sauvegarde des patrimoines. Comment peut-on contribuer à dépasser les bouleversements qu’ils subissent pour en assurer la pérennité ? Comment les connaissances actuelles peuvent-elles contribuer à sauvegarder le passé pour assurer l’avenir, tout en se protégeant des prochaines crises ? C’est à ces questions que les communications du présent colloque anticipent de répondre, en proposant des pistes de réflexion et d’orientation pour l’action. Ces dernières visent également à explorer les acceptions des concepts de crises et d’enjeux contemporains des patrimoines tels que leur remise en question, le déclencheur de la transformation, de l’émergence jusqu’aux nouvelles approches et pratiques innovantes. Ainsi, les crises ne correspondent pas seulement à une période de changement ou de chaos, mais elles poussent à une remise en question des normes établies, tout en appelant à la réflexion et à l’engagement citoyen. Cette perspective rend le concept de crise plus riche que le trouble et la perturbation, dont les limites menacent la temporalité des patrimoines.
Bref, ce colloque entend (re)penser les patrimoines en tant que sources et ressources en plus de revisiter d’un œil critique l’état des connaissances actuelles sur ce thème.
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