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Karelle Villeneuve : UQAM - Université du Québec à Montréal
Comment penser nos appartenances aux terrains de recherche, dans un contexte où l’enquête se fait dans des « milieux populaires », et/ou lorsque nous-mêmes sommes issu.e.s des « classes populaires »? Comment ne pas reconduire une définition figée et substantive des « classes populaires », à la fois dans la définition de notre objet de recherche, mais aussi en réfléchissant notre localisation par rapport aux connaissances produites? En m’appuyant à fois sur l’enquête de terrain faite dans le cadre de mon mémoire de maîtrise, qui portait sur la conversion spirituelle et/ou identitaire dans les Alcooliques Anonymes, que sur ma « trajectoire sociale » et sur les questions au centre de mon projet de thèse présent, je propose, à la suite de plusieurs ethnographes et sociologues, une réflexion sur comment les questions qui traversent nos objets de recherche permettent de (re)construire, de manière consubstantielle avec nos inscriptions sur nos terrains, ainsi qu’à nos façons d’y entrer et de s’y investir, la « catégorie du populaire ».
La catégorie de pensée du « populaire » renvoie à des manifestations multiples et complexes. Elle provient de la formation des États-nations, de leur personnel lettré et d’un mouvement plus général de démocratisation de l’éducation. Au 19e siècle, la catégorie est ensuite associée à la « question sociale » : en dépit de l’augmentation des capacités productives, la pauvreté ne diminue pas dans une même proportion. Aujourd’hui, le populaire renvoie en sus à la culture de masse.
Comment penser le populaire dans la diversité des situations sociales et dans son historicité depuis le « quêteux » jusqu’aux personnes inscrites dans des réseaux de redistribution ? Comment envisager les variations dans le contenu de la catégorie comme étant des traces significatives de la transformation plus générale du mode de production des rapports sociaux ? Comment penser aujourd’hui le populaire sans reconduire la dichotomie populisme-misérabilisme qui repose sur une ontologie individuelle d’êtres sociaux plus ou moins libres, autonomes et indépendants ? En somme, comment construire un objet d’étude sociologique à partir d’une catégorie polysémique et problématique ?
Deux axes interdépendants sont proposés :
Théorique : Archéologie théorique de la catégorie à partir des travaux de la sociologie et de l’anthropologie, selon différentes traditions nationales. Définitions de la catégorie dans les travaux actuels ou dans vos propres projets d’enquête. Pourquoi privilégier celle-ci plutôt que d’autres (marginalité, exclusion, etc.) ?
Empirique : Présentation d’enquêtes empiriques explicitant autant que possible l’usage qui a été fait de la catégorie en interrogeant ses fondements et ses limites. Questionnements concrets sur ce que nous pourrions qualifier de modes de vie et de sociabilités populaires, analyses comparées de ces modes de vie en recourant à différentes enquêtes sociologiques et anthropologiques. Ces enquêtes peuvent relever de méthodologies quantitative et qualitative.
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