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Caroline Chambon : Université Jean-Monnet-Saint-Étienne
La jeunesse serait un groupe subalterne qu’il faudrait accompagner vers une citoyenneté responsable (Caron, 2018), en d’autres termes, vers la pratique du vote comme s’il s’agissait d’une finalité ultime. Victimes d’injustices épistémiques (Fricker, 2007) en raison de leur statut social, des jeunes s’emparent de formes de résistance politiquement nécessaires aux sociétés démocratiques pluralistes et conflictuelles (Frega, 2013). En conséquence, aspirer à une citoyenneté démocratique (Gaudet, 2018) soucieuse de justice sociale (Fraser, 2004) suppose de légitimer les productions de connaissance de jeunes pluriels qui rendent possible leur émancipation au travers de conflits productifs.
L’avènement du web social a entraîné des mutations dans les modalités de participation politique des jeunes. Or, au sein de l’espace numérique, les points de vue se croisent plus qu’ils ne se rencontrent, participant au développement d’une citoyenneté individuelle plus qu’à celui d’une citoyenneté collective démocratique. Cependant, avoir le souci de justice et d’équité présume de pouvoir construire son individualité pour s’ouvrir à l’imprévu consenti des diversités. Afin de participer à la reconnaissance de la parole des jeunes, la communication analysera des expressions numériques relevant de l’infra-politique dans leurs potentialités de représenter des formes de résistance épistémique bénéfiques au développement d’une citoyenneté démocratique individuelle et collective juvénile.
Ce colloque souhaite orchestrer une réflexion interdisciplinaire sur les injustices épistémiques—réflexion que l’on souhaite aborder sous divers angles (théorique, méthodologique, pratique, empirique). Champ de recherche fort dynamique, cette littérature s’intéresse aux diverses inégalités et injustices liées à l’acquisition, au partage et à la reconnaissance de certains savoirs, et aux liens étroits entre ces inégalités et les rapports de pouvoir. Ces recherchent tentent en outre de saisir comment les préjugés négatifs ambiants (e.g. sexistes, âgistes, capacitistes, sanistes, racistes, classistes) affectent la crédibilité accordée aux savoirs de certains groupes, mais aussi à réfléchir aux moyens de pallier à ces déficits de crédibilité et à la marginalisation. Bien que de nombreux écrits féministes et décoloniaux aient précédemment exploré certaines facettes des phénomènes en question, l’ouvrage phare de Miranda Fricker, Epistemic Injustice (2007), a donné un cadre analytique bien défini au sujet – un cadre repris, critiqué et amendé par plusieurs chercheurs et chercheuses dans la dernière décennie. L’importance et la pertinence de ce corpus est considérable pour les sciences sociales, car il soulève des enjeux complexes sur nos façons de produire et de partager des connaissances. Comment produire celles-ci avec les personnes et les communautés étudiées? Comment bien reconnaître les différentes formes de savoirs? Et comment réfléchir sur les inégalités produites par les nouvelles connaissances ou par certaines méthodologies de recherche?
Titre du colloque :