Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Saaz Taher : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Les chercheures musulmanes produisant des recherches sur l’agentivité des femmes musulmanes et les féminismes musulmans se retrouvent confrontées à différents défis, dans des contextes politiques et scientifiques où est cultivée l’idée d’un Islam antiféministe et où est niée l’existence même des féminismes musulmans (Ahmed, 1992 ; Abu-Lughod, 2002 ; Lazreg, 2010). Si différents travaux ont préalablement traité des injustices et des violences épistémiques produites à l’égard des femmes musulmanes au Québec sur les plans politique et universitaire, leurs contributions au débat public féministe et démocratique comme forme de résistance épistémique ont rarement été au cœur des analyses scientifiques francophones. Dans cette perspective, cette communication propose d’examiner comment les chercheures féministes musulmanes critiques proposent des avenues pour déconstruire les rapports complexes entre race et épistémologie et pour repenser l’agentivité des femmes musulmanes au-delà des perspectives féministes libérales dominantes (Benhadjoudja, 2015 ; Zine, 2004; Mahmood, 2005).
Ce colloque souhaite orchestrer une réflexion interdisciplinaire sur les injustices épistémiques—réflexion que l’on souhaite aborder sous divers angles (théorique, méthodologique, pratique, empirique). Champ de recherche fort dynamique, cette littérature s’intéresse aux diverses inégalités et injustices liées à l’acquisition, au partage et à la reconnaissance de certains savoirs, et aux liens étroits entre ces inégalités et les rapports de pouvoir. Ces recherchent tentent en outre de saisir comment les préjugés négatifs ambiants (e.g. sexistes, âgistes, capacitistes, sanistes, racistes, classistes) affectent la crédibilité accordée aux savoirs de certains groupes, mais aussi à réfléchir aux moyens de pallier à ces déficits de crédibilité et à la marginalisation. Bien que de nombreux écrits féministes et décoloniaux aient précédemment exploré certaines facettes des phénomènes en question, l’ouvrage phare de Miranda Fricker, Epistemic Injustice (2007), a donné un cadre analytique bien défini au sujet – un cadre repris, critiqué et amendé par plusieurs chercheurs et chercheuses dans la dernière décennie. L’importance et la pertinence de ce corpus est considérable pour les sciences sociales, car il soulève des enjeux complexes sur nos façons de produire et de partager des connaissances. Comment produire celles-ci avec les personnes et les communautés étudiées? Comment bien reconnaître les différentes formes de savoirs? Et comment réfléchir sur les inégalités produites par les nouvelles connaissances ou par certaines méthodologies de recherche?
Titre du colloque :