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Geneviève Nault : Université Laval
Les personnes psychiatrisées sont confrontées à un système de discrimination profondément ancré qui contribue à leur disqualification et qui sert souvent à justifier leur prise en charge, notamment par le système pénal. En réponse à leur surreprésentation en milieu carcéral, on assiste, depuis la fin du XXe siècle, à la création de tribunaux de santé mentale. S’appuyant sur le concept de justice thérapeutique qui stipule que le droit peut avoir des effets thérapeutiques et devrait donc chercher à contribuer au bien-être des personnes accusées, ces tribunaux offrent la possibilité d’une peine allégée, voire d’un retrait des accusations, aux personnes psychiatrisées qui s’engagent dans un plan d’action pour pallier les problématiques considérées sous-jacentes à leurs comportements criminalisés. Reconnaissant les injustices épistémiques auxquelles sont confrontées les personnes psychiatrisées, ma recherche doctorale adopte une approche s’inspirant de l’ethnographie institutionnelle pour étudier ces tribunaux à partir de la perspective des personnes qui y sont soumises. Elle cherche à comprendre comment les interactions et rapports de pouvoir façonnent leur expérience au sein de ces tribunaux et comment elles conçoivent et vivent cette expérience. La communication proposée présentera les résultats de ma recherche doctorale en misant sur la place accordée à l’expérience, la parole, des personnes premières concernées dans un processus judiciaire qui dit contribuer à leur bien-être
Ce colloque souhaite orchestrer une réflexion interdisciplinaire sur les injustices épistémiques—réflexion que l’on souhaite aborder sous divers angles (théorique, méthodologique, pratique, empirique). Champ de recherche fort dynamique, cette littérature s’intéresse aux diverses inégalités et injustices liées à l’acquisition, au partage et à la reconnaissance de certains savoirs, et aux liens étroits entre ces inégalités et les rapports de pouvoir. Ces recherchent tentent en outre de saisir comment les préjugés négatifs ambiants (e.g. sexistes, âgistes, capacitistes, sanistes, racistes, classistes) affectent la crédibilité accordée aux savoirs de certains groupes, mais aussi à réfléchir aux moyens de pallier à ces déficits de crédibilité et à la marginalisation. Bien que de nombreux écrits féministes et décoloniaux aient précédemment exploré certaines facettes des phénomènes en question, l’ouvrage phare de Miranda Fricker, Epistemic Injustice (2007), a donné un cadre analytique bien défini au sujet – un cadre repris, critiqué et amendé par plusieurs chercheurs et chercheuses dans la dernière décennie. L’importance et la pertinence de ce corpus est considérable pour les sciences sociales, car il soulève des enjeux complexes sur nos façons de produire et de partager des connaissances. Comment produire celles-ci avec les personnes et les communautés étudiées? Comment bien reconnaître les différentes formes de savoirs? Et comment réfléchir sur les inégalités produites par les nouvelles connaissances ou par certaines méthodologies de recherche?
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