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Injustices épistémiques et résistance : une lecture de « La tradition cachée » d’Hannah Arendt

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Sophie Cloutier : Université Saint-Paul

Résumé de la communication

La pensée de Hannah Arendt est peu commentée dans la littérature sur les injustices épistémiques, pourtant elle pourrait s’avérer fructueuse. En ce sens, nous mobiliserons les recherches de José Medina (2013) sur l’épistémologie de la résistance afin d’interpréter « La tradition cachée » d’Arendt comme une tentative de résistance épistémique. Dans cet essai, Arendt invoque quatre figures juives parias afin de témoigner de leur résistance face à la condition de parvenu. À une époque où les Juifs commencent à s’assimiler à la société allemande, Arendt dévoile la tradition des personnes qui refusent de se camoufler dans la société et de masquer leur judéité et qui se mettent en marge. Nous nous concentrerons sur la figure de Bernard Lazare, le « paria conscient », le rebelle qui se fait le défenseur d’un peuple opprimé, luttant pour conquérir sa liberté. La critique que fait Lazare des parvenus et de la ‘double servitude’ caractéristique de l’assimilation juive sera interprétée en termes d’injustices herméneutiques et de méconnaissance de sa positionnalité. Lazare exhortait les parvenus à renoncer aux privilèges de leur statut social et économique pour se faire les défenseurs des opprimés, mais son appel ne semble pas avoir été entendu, une certaine tradition juive est demeurée cachée. En reprenant la figure du paria conscient, Arendt dévoile la clairvoyance politique qui peut émerger du combat pour la justice lorsque l’on comprend le système d’oppression.

Résumé du colloque

Ce colloque souhaite orchestrer une réflexion interdisciplinaire sur les injustices épistémiques—réflexion que l’on souhaite aborder sous divers angles (théorique, méthodologique, pratique, empirique). Champ de recherche fort dynamique, cette littérature s’intéresse aux diverses inégalités et injustices liées à l’acquisition, au partage et à la reconnaissance de certains savoirs, et aux liens étroits entre ces inégalités et les rapports de pouvoir. Ces recherchent tentent en outre de saisir comment les préjugés négatifs ambiants (e.g. sexistes, âgistes, capacitistes, sanistes, racistes, classistes) affectent la crédibilité accordée aux savoirs de certains groupes, mais aussi à réfléchir aux moyens de pallier à ces déficits de crédibilité et à la marginalisation. Bien que de nombreux écrits féministes et décoloniaux aient précédemment exploré certaines facettes des phénomènes en question, l’ouvrage phare de Miranda Fricker, Epistemic Injustice (2007), a donné un cadre analytique bien défini au sujet – un cadre repris, critiqué et amendé par plusieurs chercheurs et chercheuses dans la dernière décennie. L’importance et la pertinence de ce corpus est considérable pour les sciences sociales, car il soulève des enjeux complexes sur nos façons de produire et de partager des connaissances. Comment produire celles-ci avec les personnes et les communautés étudiées? Comment bien reconnaître les différentes formes de savoirs? Et comment réfléchir sur les inégalités produites par les nouvelles connaissances ou par certaines méthodologies de recherche?

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 13 mai 2024

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