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Léa Le Calvé : UQAM - Université du Québec à Montréal
Poursuivant un double objectif de protection du patrimoine et de célébration des identités et des fiertés dans les 17 régions du Québec, les Espaces bleus, semblent à la croisée de crises. Annoncé en juin 2021 par le gouvernement comme une réponse à la détresse de bâtiments patrimoniaux, ce projet a déclenché des inquiétudes au sein des musées régionaux. Il a par ailleurs suscité des débats sur les liens entre patrimoines, identités et politiques, sur fond d’exaltation nationaliste. C’est sur cette tension que notre communication se penchera.
Ainsi, la réception des Espaces bleus devient un prétexte pour approfondir les dynamiques entre patrimoines et « passions identitaires » (Le Goff, 1998), pouvant impacter les objets, mais aussi les pratiques et les usages. Si l’arrimage entre sentiment national et projets patrimoniaux n’est pas nouveau (Choay, 1992), les Espaces bleus semblent se heurter à certaines mutations sociales et patrimoniales : tension conceptuelle entre identités et territoires, friction entre volonté nationale et registres de micro-appartenances et d’engagements locaux. Au-delà de la crainte légitime d’instrumentalisation politique, les Espaces bleus sont l’occasion d’explorer des recherches récentes en patrimoine, où l’émotion (Witcomb, 2013) et reconnaissance ou non des communautés dans le discours patrimonial (Smith, 2022).
Cette communication souhaite faire réfléchir à une certaine forme d’appréhension du patrimoine et à son acceptabilité sociale.
Les patrimoines sont plus que jamais menacés dans le sillon des inégalités, des conflits armés, des migrations forcées, des catastrophes naturelles, des changements climatiques, voire même de l’effondrement de la biodiversité. Paradoxalement, les composantes du concept de crise telles que la perturbation, le désordre et l’incertitude incluent parfois des aspects positifs. Par exemple, les patrimoines sont dorénavant considérés en tant que sources et ressources du développement local durable (Delaplace, 2021). À ce titre, le patrimoine culturel immatériel (PCI) est de plus en plus mobilisé dans la transmission des savoirs et des savoir-faire issus de l’interaction avec la nature, en assurant la permanence et la continuité aux communautés qui les transmettent (Tornatore, 2012). Également, les musées deviennent des alliés inestimables pour relever les défis devant les nombreuses menaces que subissent les patrimoines (Bakker et al., 2020).
Dans ce contexte, il devient crucial de mieux connaître l’effet des crises et des enjeux contemporains sur la transmission, la protection et la sauvegarde des patrimoines. Comment peut-on contribuer à dépasser les bouleversements qu’ils subissent pour en assurer la pérennité ? Comment les connaissances actuelles peuvent-elles contribuer à sauvegarder le passé pour assurer l’avenir, tout en se protégeant des prochaines crises ? C’est à ces questions que les communications du présent colloque anticipent de répondre, en proposant des pistes de réflexion et d’orientation pour l’action. Ces dernières visent également à explorer les acceptions des concepts de crises et d’enjeux contemporains des patrimoines tels que leur remise en question, le déclencheur de la transformation, de l’émergence jusqu’aux nouvelles approches et pratiques innovantes. Ainsi, les crises ne correspondent pas seulement à une période de changement ou de chaos, mais elles poussent à une remise en question des normes établies, tout en appelant à la réflexion et à l’engagement citoyen. Cette perspective rend le concept de crise plus riche que le trouble et la perturbation, dont les limites menacent la temporalité des patrimoines.
Bref, ce colloque entend (re)penser les patrimoines en tant que sources et ressources en plus de revisiter d’un œil critique l’état des connaissances actuelles sur ce thème.
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