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L'administration de la justice par la voie des directives: La disparité entre les directives émises dans chaque district judiciaire crée-t-elle un obstacle à l’accès à la justice ?

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Charlotte Reid : Université Laval

Résumé de la communication

La présentation portera sur l’administration de la justice par la voie de directives judiciaires et sur l’effet de ce mode d’administration sur l’objectif des réformes de la procédure civile québécoise de faciliter l’accès à la justice.

L’article 63 du Code de procédure civile du Québec prévoit que les tribunaux peuvent édicter des directives « purement administratives » propres à chaque district judiciaire pour déterminer le fonctionnement de leurs chambres. Cependant, les différences régionales entre les pratiques et les interprétations du Code sont susceptibles d’entraîner une inégalité de traitement entre les justiciables. De plus, le niveau de contrainte des directives administratives s’apparente à celui des dispositions du Code, ce qui risque de porter atteinte au principe de la séparation des pouvoirs.

La présentation portera d’une part sur la qualification de ces directives en tant que normes (formelles ou informelles) et en tant que possible phénomène d’institutionnalisation de pratiques régionales. D’autre part, un exercice de comparaison entre les règles procédurales de districts choisis pour le dépôt et l’audition d’un même acte de procédure sera présenté afin de démontrer les différences de traitement entre les justiciables.

Cet exercice permettra une discussion multidisciplinaire sur l’effet des disparités de ces nouvelles normes sur l’accès à la justice, notamment sous l’angle de la confiance des justiciables envers le système.

Résumé du colloque

L’idée d’une justice en difficulté revient périodiquement dans les médias : on y évoque des défis liés aux coûts de la justice, aux délais judiciaires, à la cristallisation des règles de pratiques, à la rigidité de la fonction adjudicative, au mode de rémunération des praticien·ne·s, à l’insuffisance des ressources matérielles des tribunaux et à la difficulté du système de justice de passer à l’ère numérique. De nouveaux phénomènes apparaissent : la désaffection des tribunaux, le monopole des entreprises et des institutions publiques sur l’activité des tribunaux civils et la propension des citoyen·ne·s à s’y présenter sans avocat, la tendance à se faire justice soi-même sur les réseaux sociaux ou à dénoncer publiquement certaines décisions judiciaires, l’abandon des poursuites dans le cadre de plusieurs dossiers médiatisés et les pressions systémiques favorisant le règlement des litiges sans recours aux tribunaux, etc. Mais, s’il est tentant d’associer ces difficultés au conservatisme du milieu judiciaire, les innovations observées depuis le début des années 1970 révèlent cependant que le système de justice peut connaître des mutations diverses. Ces mutations ne doivent toutefois pas occulter les tendances du système à l’enfermement ou à l’entretien d’une dépendance au « sentier parcouru ».

L’objectif du colloque est de mettre en lumière les pratiques judiciaires qui font ou qui ont fait l’objet d’un changement par l’observation des mouvements internes du système de justice et par l’étude de la réponse que le monde judiciaire offre aux nouvelles demandes sociales, tout en prenant compte en même temps des défis présentés par l’« ossification » du système. Le colloque abordera trois niveaux de changement : 1) les représentations sociales de la justice; 2) les normes qui encadrent l’activité des tribunaux; et 3) les pratiques des acteurs du système judiciaire.

Nous tenons à ce que ce colloque soit un point de rencontre interdisciplinaire qui posera un regard pluriel sur les manières dont le système de justice fait face au changement afin de favoriser le développement à posteriori d’une théorie du changement institutionnel. Ayant comme vocation de bâtir des ponts entre le monde scientifique et la pratique, le colloque accueillera des chercheur·e·s et des acteur·e·s issu·e·s du monde professionnel. Il sera ainsi possible d’interroger les effets concrets qu’ont pu avoir les changements des représentations et des normes sur les pratiques des acteur·e·s judiciaires.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
Discutant-e- de la session : Shana Chaffai-Parent
section icon Date : 13 mai 2024

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