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Fabrice Dhume : Université catholique de Louvain
Si la construction de l’altérité raciale en milieu scolaire est souvent appréhendée à travers les rapports entre élèves, et entre élèves et enseignants, la présente proposition de communication vise à mettre en lumière une dimension habituellement moins considérée : celle du racisme au travail dans l’école. Il s’agit plus précisément de saisir celui-ci à partir d’un des lieux hautement symbolique de l’ordre politique dans les établissements : la « salle des profs ». Dans l’école française, celle-ci n’est en rien un espace « neutre ». Elle se veut un huis-clos dédié à la mise en scène de l’unité du corps professionnel, en même temps qu’un lieu ressource et de ressourcement (potentiel) pour les membres du groupe enseignant. Lieu d’échanges informels (sous le sceau du « bien-entendu » de l’entre-soi du groupe de pairs), la « salle des profs » est l’un des espaces où se donnent à lire avec saillance certaines des normes qui structurent l’imaginaire du métier et de l’institution. Et c’est en même temps un lieu de (re)production et de visibilisation de frontières sociales (socio-raciales) qui structurent l’institution. Quelle place et quel sens prennent les rapports sociaux de race dans cet espace ? Que nous dit la « salle des profs » du rôle de la race dans l’institution scolaire ? Pour explorer ces questions, la communication s’appuiera sur une enquête qualitative par entretiens (n=75) menée en France entre 2019 et 2023, en cours d’exploitation.
L’école, en tant qu’institution centrale de socialisation, porte en elle des idéaux de culture commune et de citoyenneté collective. Toutefois, elle se présente aussi comme un espace pluriel où se côtoient et se confrontent des identités diversifiées sur les plans social, ethnoculturel, religieux, linguistique, etc. La reconnaissance du potentiel enrichissant de cette diversité n’en exclut pas moins des défis majeurs, notamment dans des contextes où les disparités socioéconomiques exercent une influence palpable sur les ressources et les possibilités éducatives (Delory-Momberger, Mabilon-Bonfils, 2015).
Dès les premières années de scolarisation, l’analyse des pratiques scolaires, des pratiques pédagogiques, des contenus éducatifs et des interactions au sein des établissements scolaires révèle des mécanismes d’altérisation souvent sous-jacents. Ces mécanismes, parfois inhérents aux structures scolaires, contribuent à l’élaboration des identités individuelles et collectives, tout en instaurant des rapports de pouvoir qui peuvent perpétuer des inégalités (Lafortune, 2019; Larochelle, 2021).
Ce colloque se propose d’explorer ces dynamiques et d’interroger la construction de l’altérité et des frontières « eux/nous » en milieu scolaire à partir d’un corpus de recherches réalisées en contexte québécois/canadien, européen (France, Belgique, Suisse) et sud-américain. Nous analysons comment le processus d’altérisation s’exprime dans ces milieux, avec les savoirs transmis, les discours promus, les interactions, les pratiques. Les questions évoquées ci-après guident notre réflexion : Quels sont les marqueurs actuels les plus saillants de cette altérisation? Comment les élèves et leurs familles vivent-ils ces processus? Quelles initiatives mettent en œuvre les institutions en vue de sensibiliser à ces dynamiques, d’ajuster leurs structures et pratiques scolaires pour mieux répondre aux besoins diversifiés des élèves? Quels sont les résultats de ces initiatives?
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