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Les savoirs et le droit : conflit et (in)justice épistémiques au prétoire

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Alex Alexis : Université de Montréal et Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Résumé de la communication

Cet article porte sur le traitement judiciaire des conflits ontologiques et épistémiques, soit ce que fait le juge face à des revendications fondées sur des mondes et des savoirs différents. Pour ce faire, je procéderai par étude de cas comparée de deux affaires qui défient l’ontologie et l’épistémologie (de la science) moderne au fondement du droit en Occident. Dans le premier cas, Ktunaxa Nation c. Colombie‑Britannique (2017), la Cour suprême du Canada est confrontée au problème de l’existence d’entités surnaturelles, en l’occurrence « l’Esprit de l’ours Grizzly ». Dans le second cas, le Tribunal de Waitangi en Nouvelle-Zélande est confronté à des entités à consistance ontologique douteuse, en l’occurrence « les données ». La Cour suprême traite avec le plus grand scepticisme les allégations autochtones sur l’esprit de l’ours Grizzly, là où le Tribunal de Waitangi affirme que les données des maoris sont des taonga (trésors). Les juges canadiens semblent savoir ce qui (n’)existe (pas), là où les juges néo-zélandais se sont montrés plus ouverts à la multiplicité des mondes. Ces deux cas seront analysés à la lumière de la notion d’injustice épistémique de Fricker, ainsi que la thèse centrale des STS selon laquelle la réalité ne relève pas du « déjà là » mais est enactée dans la pratique, d’où plusieurs réalités résultant de pratiques distinctes. On s’interrogera sur les limites et l’intérêt potentiels de ces « théories de la connaissance » pour la pratique judiciaire.

Résumé du colloque

Ce colloque souhaite orchestrer une réflexion interdisciplinaire sur les injustices épistémiques—réflexion que l’on souhaite aborder sous divers angles (théorique, méthodologique, pratique, empirique). Champ de recherche fort dynamique, cette littérature s’intéresse aux diverses inégalités et injustices liées à l’acquisition, au partage et à la reconnaissance de certains savoirs, et aux liens étroits entre ces inégalités et les rapports de pouvoir. Ces recherchent tentent en outre de saisir comment les préjugés négatifs ambiants (e.g. sexistes, âgistes, capacitistes, sanistes, racistes, classistes) affectent la crédibilité accordée aux savoirs de certains groupes, mais aussi à réfléchir aux moyens de pallier à ces déficits de crédibilité et à la marginalisation. Bien que de nombreux écrits féministes et décoloniaux aient précédemment exploré certaines facettes des phénomènes en question, l’ouvrage phare de Miranda Fricker, Epistemic Injustice (2007), a donné un cadre analytique bien défini au sujet – un cadre repris, critiqué et amendé par plusieurs chercheurs et chercheuses dans la dernière décennie. L’importance et la pertinence de ce corpus est considérable pour les sciences sociales, car il soulève des enjeux complexes sur nos façons de produire et de partager des connaissances. Comment produire celles-ci avec les personnes et les communautés étudiées? Comment bien reconnaître les différentes formes de savoirs? Et comment réfléchir sur les inégalités produites par les nouvelles connaissances ou par certaines méthodologies de recherche?

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 13 mai 2024

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