Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Maxime Fecteau : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans The Sense of Wonder (1965), Rachel Carson explique que les émotions sont le sol fertile où poussent les graines que représentent les faits scientifiques, pour un jour voir fleurir la connaissance et la sagesse. L’émerveillement (wonder) suscite la curiosité, ouvre l’esprit et incite à protéger ce qui nous émeut. Una autre angle de l’émerveillement a été étudié par Dacher Keltner (2023) : l’awe – une émotion complexe qui survient lorsqu’on se trouve devant une chose ou un fait qui dépasse notre entendement habituel du monde, et qui nous amène à revoir nos cadres de pensée. Les recherches de Keltner montrent que l’awe favorise la créativité, la curiosité et l’engagement des élèves.
Dans ma thèse, j’étudie les textes de scientifiques-écrivaines qui, à la suite de Carson, ont fusionné récit personnel, métaphores et faits scientifiques. Ce style hybride personnalise les sujets d’étude et invite à considérer les êtres vivants comme des partenaires plutôt que des objets passifs. En posant l’hypothèse qu’ils peuvent d’abord provoquer l’émerveillement (wonder ou awe), et ensuite permettre des discussions engageantes sur la responsabilité et l’action environnementales, je propose d’explorer le potentiel pédagogique de ce genre de textes scientifiques et littéraires. Il s’agira de montrer qu’en nous invitant à repenser nos rapports aux autres formes de vie, ceux-ci peuvent ouvrir, dans notre imaginaire, ce que Paul Ricoeur (1975) nomme un « monde possible habitable ».
Dans le cadre de nos dernières recherches, nous avons développé un modèle transdisciplinaire du pouvoir d’agir en contexte de crise environnementale et climatique (Agundez-Rodriguez, 2022). Son caractère transdisciplinaire implique un niveau élevé d’intégration de l’apprentissage qui se situe au-delà de plusieurs disciplines ainsi que de leurs intersections (Legendre, 2005). En cohérence avec ce principe de transversalité, le modèle intègre des savoirs issus des domaines de l’éducation relative à l’environnement (ERE) et de la pratique du dialogue philosophique (PDP) en communautés de recherche (Lipman, 1980 et 1988; Lago, 2006; Sasseville et Gagnon, 2007; Gagnon et Sasseville, 2011). En lien avec l’ERE, la transdisciplinarité est ainsi présente dans le modèle par le recours à des savoirs environnementaux issus de mouvements sociaux, autochtones et allochtones, et de mouvements communautaires de la société civile. Les habiletés pratiques, l’expérience directe et la transmission orale sur l’environnement et les changements climatiques y sont associées. En ce qui concerne la PDP, l’objectif du modèle est le développement de la pensée critique (associée aux habiletés comme la contextualisation, l’autocorrection et l’argumentation à l’aide de critères) et créative (associée aux habiletés comme l’imagination, la recherche d’alternatives et l’intuition). L’approche de PDP en communautés de recherche favorise ainsi la réflexion sur le monde dans lequel nous vivons (caractérisé par la crise environnementale et climatique) et permet, en même temps, d’imaginer et de construire le monde dans lequel nous voulons vivre (caractérisé par la stabilité environnementale et climatique). Grâce aux présentations des domaines de l’ERE et de la PDP réalisées au sein de ce colloque, nous pourrions explorer le croisement des éléments de notre modèle et son potentiel pour le développement du pouvoir d’agir en contexte de crise environnementale et climatique.
Titre du colloque :