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Mélanie Ederer : INRS - Institut national de la recherche scientifique
Le travail social est une profession développée à travers l’histoire du Québec qui agit auprès des individus et des groupes considérés tantôt comme « déviants », vulnérables ou marginalisés. Des recherches se sont intéressées à comment le travail social nomme et construit les personnes auprès desquelles il intervient. Pourtant, peu d’écrits se sont concentrés sur les rapports de pouvoir au Québec qui traversent la profession depuis sa création. Cette communication propose d’examiner comment le travail social contribue à construire des groupes comme « majoritaires » et « minoritaires » au Québec à travers ses représentations et ses pratiques. La recherche s’appuie sur un corpus de données comprenant à la fois des écrits scientifiques, la documentation de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec et les programmes de formation menant à l’ordre professionnel. Ce corpus sera analysé sous l’angle de la justice épistémique pour faire ressortir par et pour qui le travail social (générique) est pensé et qui sont les groupes qui revendiquent ou qui sont perçus comme requérant des pratiques « spécifiques », « adaptées » ou « décentrées ». La contribution participe à historiciser le travail social et vise à réfléchir aux rapports de pouvoir véhiculés par les savoirs en travail social.
Ce colloque souhaite orchestrer une réflexion interdisciplinaire sur les injustices épistémiques—réflexion que l’on souhaite aborder sous divers angles (théorique, méthodologique, pratique, empirique). Champ de recherche fort dynamique, cette littérature s’intéresse aux diverses inégalités et injustices liées à l’acquisition, au partage et à la reconnaissance de certains savoirs, et aux liens étroits entre ces inégalités et les rapports de pouvoir. Ces recherchent tentent en outre de saisir comment les préjugés négatifs ambiants (e.g. sexistes, âgistes, capacitistes, sanistes, racistes, classistes) affectent la crédibilité accordée aux savoirs de certains groupes, mais aussi à réfléchir aux moyens de pallier à ces déficits de crédibilité et à la marginalisation. Bien que de nombreux écrits féministes et décoloniaux aient précédemment exploré certaines facettes des phénomènes en question, l’ouvrage phare de Miranda Fricker, Epistemic Injustice (2007), a donné un cadre analytique bien défini au sujet – un cadre repris, critiqué et amendé par plusieurs chercheurs et chercheuses dans la dernière décennie. L’importance et la pertinence de ce corpus est considérable pour les sciences sociales, car il soulève des enjeux complexes sur nos façons de produire et de partager des connaissances. Comment produire celles-ci avec les personnes et les communautés étudiées? Comment bien reconnaître les différentes formes de savoirs? Et comment réfléchir sur les inégalités produites par les nouvelles connaissances ou par certaines méthodologies de recherche?
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