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Michèle Diotte : Université d'Ottawa
Dans le cadre des procès pour agression sexuelle, les personnes victimes-plaignantes constituent souvent le témoin principal. Depuis quelques décennies déjà, leur voix est construite comme une dimension juridique incontournable. Or, qu’en est-il de cette voix lorsqu’elle émane de personnes victimes-plaignantes en situation de handicap cognitif? Comment est reçu par la justice pénale ce « savoir » qui s’entrelace avec l’idée d’(in)capacité? En prenant appui sur sa recherche doctorale, la présentatrice nous propose d’explorer le concept d’injustice épistémique à travers des jugements de la Cour et des entretiens de recherche menés auprès de procureures de la Couronne. Elle mettra en lumière certains dispositifs capacitistes actuellement présents au sein du système de justice pénale et proposera des pistes pour favoriser une meilleure justice épistémique sur le plan juridique.
Ce colloque souhaite orchestrer une réflexion interdisciplinaire sur les injustices épistémiques—réflexion que l’on souhaite aborder sous divers angles (théorique, méthodologique, pratique, empirique). Champ de recherche fort dynamique, cette littérature s’intéresse aux diverses inégalités et injustices liées à l’acquisition, au partage et à la reconnaissance de certains savoirs, et aux liens étroits entre ces inégalités et les rapports de pouvoir. Ces recherchent tentent en outre de saisir comment les préjugés négatifs ambiants (e.g. sexistes, âgistes, capacitistes, sanistes, racistes, classistes) affectent la crédibilité accordée aux savoirs de certains groupes, mais aussi à réfléchir aux moyens de pallier à ces déficits de crédibilité et à la marginalisation. Bien que de nombreux écrits féministes et décoloniaux aient précédemment exploré certaines facettes des phénomènes en question, l’ouvrage phare de Miranda Fricker, Epistemic Injustice (2007), a donné un cadre analytique bien défini au sujet – un cadre repris, critiqué et amendé par plusieurs chercheurs et chercheuses dans la dernière décennie. L’importance et la pertinence de ce corpus est considérable pour les sciences sociales, car il soulève des enjeux complexes sur nos façons de produire et de partager des connaissances. Comment produire celles-ci avec les personnes et les communautés étudiées? Comment bien reconnaître les différentes formes de savoirs? Et comment réfléchir sur les inégalités produites par les nouvelles connaissances ou par certaines méthodologies de recherche?
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