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Didier Cariou : Université de Bretagne-Occidentale
Trois grands courants peuvent être distingués dans le champ de la didactique de l’histoire. Ils entretiennent tous un certain rapport à l’épistémologie de l’histoire. L’étude du raisonnement historique, élaboré dans le monde anglophone à partir de la psychologie cognitive, met en avant soit les démarches pour argumenter en histoire soit les euristiques articulées à la méthode historienne de critique des documents historiques. Parallèlement, l’étude de la pensée historienne, en Europe et au Canada, s’attache aux démarches historiennes et à la conscience historique, par laquelle chaque être humain se pense dans le temps, considérées comme des conditions nécessaires pour mener à bien les apprentissages en histoire. Enfin, en France, une dernière approche envisage la leçon d’histoire comme une enquête sur des documents à partir d’un problème. Elle met l’accent sur la parenté entre les pratiques de classe et les pratiques historiennes.
De ces différentes approches didactiques peuvent être envisagés des enjeux pour l’histoire scolaire. Les vérités alternatives et les théories complotistes constituent un défi majeur pour l’apprentissage de l’argumentation historique et de la lecture critique des documents. Les débats qui traversent actuellement nos sociétés (la nation, le genre, les approches post- ou dé-coloniales, la crise climatique…) questionnent la conscience historique. Dès lors, que peut l’enquête historienne face à ces défis pour la didactique et l’histoire scolaire ?
L’enseignement des sciences humaines à l’école vise à développer des habiletés intellectuelles relatives à l’argumentation, à la critique, à la synthèse, à l’analyse de documents, etc. (Lee et Shemilt, 2003). Ces habiletés sont réputées outiller les élèves pour faire face aux problématiques sociales actuelles (Dalongeville, Éthier et Lefrançois, 2022). Cependant, si, d’un côté, les élèves démontrent des capacités à exercer ces habiletés lorsqu’il y a des séquences consacrées à cet effet (Cariou, 2022; Doussot, 2018), d’un autre côté, le personnel enseignant semble privilégier la mémorisation afin d’assurer la transmission de connaissances essentielles (Boutonnet, 2015; Moisan et Saussez, 2019).
Pourtant, la plupart des modèles théoriques sur la pensée historienne ou géographique convergent pour proposer des activités qui mènent les élèves au-delà de la mémorisation. Comment alors favoriser un enseignement critique des sciences humaines? Quels apprentissages sont essentiels? Quels dispositifs d’enseignement permettent de réaliser ces apprentissages? Quelles contraintes pourraient limiter certains apprentissages ou certaines pratiques?
Plusieurs ressources et moyens didactiques peuvent être mobilisés afin de réaliser des apprentissages complexes et durables. Les approches fondées sur la problématisation, la conceptualisation, le débat, l’argumentation, l’usage critique de ressources semblent montrer des effets positifs sur le développement d’habiletés intellectuelles. Mobiliser des savoirs et des habiletés intellectuelles demeure une priorité pour l’école et les programmes, mais dans quelles conditions? Et avec quels moyens? Ce colloque vise à échanger et à proposer des pistes de solution pour favoriser un enseignement critique des sciences humaines tout en considérant les contraintes inhérentes au travail enseignant, mais aussi en posant un regard critique sur les propositions théoriques afin de mieux arrimer les finalités, les apprentissages et les pratiques.
Titre du colloque :