Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Georges-Louis Baron : Université Paris Cité
La question de l’impact social de la recherche en éducation et des liens entre recherche, innovation, décision politique et pratiques ordinaires est insistante.
Actuellement le politique, que ce soit au Québec, en France ou ailleurs, tend à se crisper sur une approche de gestion axée sur les résultats et les pratiques d'enseignement supposément "efficaces" parce qu’étayées par des recherches que l’institution estime convaincantes et dont le modèle idéal est l’expérience randomisée, les autres méthodes étant dépréciées. Cela soulève des défis pour déployer des recherches prenant en compte des contextes réels en relation avec les personnes engagées dans l’enseignement.
Cette présentation introductive discutera les notions de preuves et de données probantes en contexte éducatif, qu'il s'agisse d'une pratique de recherche ou d'une pratique d'intervention en salle de classe. Une réflexion sera proposée sur les registres de validité et de fiabilité ainsi que sur les processus utiles pour construire des consensus non seulement au sein de la communauté scientifique mais aussi dans un contexte plus vaste.
Pour améliorer la persévérance ainsi que la réussite scolaire et éducative, le gouvernement du Québec a adopté le projet de loi no 23, assorti d’un autre, celui édictant un Institut national d’excellence en éducation (INEE). Ce dernier ressemble à l’INESSS, un organisme existant en santé et en services sociaux. L’INEE a pour finalité de rendre le système éducatif plus efficace, notamment au moyen de données dites probantes, ce qui renvoie à une forme particulière de mener la recherche. En parallèle, le gouvernement a fait cheminer le projet de loi no 15, à des fins similaires pour le système de santé. Par exemple, ce projet de loi propose de ne rembourser que les médicaments pour lesquels suffisamment de preuves scientifiques confirment leur efficacité. En outre, ces lois sont arrimées, en éducation comme en santé et en services sociaux, avec la mise en œuvre de la Stratégie de transformation numérique gouvernementale, qui intègre maintenant la Stratégie d’intégration de l’intelligence artificielle. Puisque ces stratégies donneront possiblement lieu à l’agrégation de vastes ensembles de données pour rendre les deux secteurs plus efficaces, on peut se demander s’il n’en découlera pas une standardisation de la sélection de pratiques gagnantes par le gouvernement.
Dans ce contexte, plus de 60 chercheurs et chercheuses en éducation ont colligé, dans une œuvre collective intitulée Le PL23 et l’INEE : excellence ou standardisation en éducation?, leurs réserves sur le projet de loi no 23 et la loi édictant l’INEE. Ces universitaires ont ainsi croisé leurs points de vue, informés par leurs propres travaux, et cela, indépendamment de leurs rattachements respectifs à différents centres ou autres regroupements de recherche.
Dans le cadre de ce colloque, il convient d’effectuer un retour réflexif sur le processus qui a prévalu en observant les enjeux et défis ainsi que les objets et méthodologies de recherche qui s’imposent dorénavant en matière de formation initiale et continue des enseignantes et des enseignants ainsi qu’en matière de réussite scolaire et éducative.