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Alfred Dui : Université de Ngaoundéré/Faculté des arts, lettres et sciences humaines
Le présent exposé porte sur le système d’adresse du français camerounais parlé dans quelques séries télévisées, diffusées sur YouTube. La variété du français camerounais parlé dans les médias oraux associés au divertissement, du point de vue des appellatifs, constitue une piste qui reste à explorer. Ce travail a donc pour but de décrire la dynamique et la créativité des termes d’adresse qui caractérisent la société camerounaise actuelle. L’approche variationniste adoptée ici permet de comprendre comment le choix des appellatifs dans les productions langagières en interaction renseigne sur l’organisation socioculturelle et la diversité linguistique.
Le corpus est constitué de productions intitulées Les aventures de Fingon Tralala, Les aventures de Monica et quelques épisodes d’Edoudoua Non Glacé. Il s’agit d’une trentaine d’épisodes qui ont été transcrits. Ces productions se réalisent dans les villes de Douala et de Yaoundé qui sont des cadres de brassage linguistique et socioculturel important au Cameroun.
Ainsi, il apparaît que ce parler camerounais des séries télévisées manifeste une adresse nominale qui se caractérise par des accents locaux, des emprunts aux langues locales et aux langues étrangères. On observe aussi l’usage des termes hypocoristiques, de parenté, d’amitié et d’alliance. Le système de tutoiement/vouvoiement varie en fonction de l’âge des interlocuteurs, de leurs fonctions sociales et de la situation de communication.
Ce colloque aborde les enjeux sociaux liés aux pratiques langagières dans les formats médiatiques oraux associés au divertissement et les relations complexes entre ces derniers et les publics auxquels ils s’adressent. Si la langue de l’information est relativement bien étudiée sous l’angle d’une norme endogène dans des régions de la francophonie telles que le Québec, on ne peut pas en dire autant des formats médiatiques oraux associés au divertissement, qui se caractérisent par une plus grande diversité de pratiques langagières.
D’un côté, on y observe des productions où le poids de la norme prescriptive, souvent associée au français des Parisiens cultivés, continue à se faire sentir. C’est notamment le cas des films doublés où des productions dans un français « normatif » (terme employé par le milieu) sont encore la règle, et ceci dans plusieurs régions de la francophonie, tout en faisant réagir certaines personnes qui souhaitent reconnaître leur propre culture dans ces produits. De l’autre côté, certaines productions semblent laisser libre cours aux pratiques non standardisées, par exemple les émissions de téléréalité, provoquant également des réactions négatives. Ainsi, les pratiques langagières des candidat·e·s de la téléréalité québécoise Occupation double qui s’écartent de la norme prescriptive sont l’objet de vifs discours épilinguistiques dans la sphère médiatique et entraînent chez ces personnes un sentiment de honte, voire d’insécurité linguistique. Quels que soient les choix langagiers des équipes de production, ceux-ci ne sont pas sans conséquences sociales : le choix du français « normatif » suggère que les autres variétés de français n’ont pas leur place dans la sphère médiatique; le recours à un français socialement ou géographiquement plus marqué attire la critique de certains auditoires.
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