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Idé Hamani : Université de Franche-Comté
Au Niger, la radio publique la Voix du Sahel est la seule station qui diffuse des programmes dans toutes les langues du pays. La grille de programmation est en effet conçue pour créer une complémentarité entre les langues nationales et la langue officielle (le français). Cette dernière joue un rôle d’intermédiaire et de facteur d’unité nationale et occupe une place importante dans l’espace médiatique et radiophonique (Onguéné Essono, 2017 : 78-79).
Au regard du contexte sociolinguistique et discursif au Niger, nous nous demandons quels sont les facteurs qui expliquent le phénomène d’alternance codique dans les émissions interactives qui associent argumentation, information et divertissement et comment elles ménagent un espace d’expression à la population.
Notre communication se fonde sur une émission de ce type, Opinions plurielles, diffusée par la Voix du Sahel du lundi au vendredi de 7h15 à 7h55 en français et dans les langues nationales. Sa vocation principale est la sensibilisation et la prévention des citoyens en ménageant une large place au divertissement. La participation des auditeurs engendre souvent une alternance codique. C’est cette pratique dans les conversations radiophoniques (Léon, 1999) et ses fonctions que nous voulons explorer.
Ce colloque aborde les enjeux sociaux liés aux pratiques langagières dans les formats médiatiques oraux associés au divertissement et les relations complexes entre ces derniers et les publics auxquels ils s’adressent. Si la langue de l’information est relativement bien étudiée sous l’angle d’une norme endogène dans des régions de la francophonie telles que le Québec, on ne peut pas en dire autant des formats médiatiques oraux associés au divertissement, qui se caractérisent par une plus grande diversité de pratiques langagières.
D’un côté, on y observe des productions où le poids de la norme prescriptive, souvent associée au français des Parisiens cultivés, continue à se faire sentir. C’est notamment le cas des films doublés où des productions dans un français « normatif » (terme employé par le milieu) sont encore la règle, et ceci dans plusieurs régions de la francophonie, tout en faisant réagir certaines personnes qui souhaitent reconnaître leur propre culture dans ces produits. De l’autre côté, certaines productions semblent laisser libre cours aux pratiques non standardisées, par exemple les émissions de téléréalité, provoquant également des réactions négatives. Ainsi, les pratiques langagières des candidat·e·s de la téléréalité québécoise Occupation double qui s’écartent de la norme prescriptive sont l’objet de vifs discours épilinguistiques dans la sphère médiatique et entraînent chez ces personnes un sentiment de honte, voire d’insécurité linguistique. Quels que soient les choix langagiers des équipes de production, ceux-ci ne sont pas sans conséquences sociales : le choix du français « normatif » suggère que les autres variétés de français n’ont pas leur place dans la sphère médiatique; le recours à un français socialement ou géographiquement plus marqué attire la critique de certains auditoires.
Titre du colloque :