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Rola Koubeissy : Université de Montréal
À partir d’un projet de recherche mené auprès d’enseignantes libanaises et enseignant.e.s réfugié.e.s syrien.ne.s œuvrant auprès d’élèves réfugiés syriens au Liban, nous explorons comment appartenir ou non au groupe étudié peut interroger notre légitimité en tant que chercheures. Le projet de recherche Faire une différence porte sur l’intervention pédagogique auprès d’élèves réfugié.e.s en contexte d’urgence. Il a été proposé à des enseignant.e.s de prendre la parole et de revisiter leur expérience professionnelle, à partir d’un événement singulier lié à celle-ci, reconstruisant ainsi un récit de pratique. L’échantillon est constitué de dix récits de pratiques recueillis au cours de l’année scolaire 2021-2022. Ainsi, en tant que personne issue de l’immigration récente au Québec et d’origine libanaise et que personne blanche d’implantation ancienne, mais dont l’histoire sociale et personnelle a occulté la présence autochtone, nous aborderons notre motivation de recherche, notre rapport au terrain, aux personnes participantes, aux récits de pratique recueillis et à la parole de ces enseignant.e.s que nous souhaitons porter. Cette réflexion méthodologique sur notre positionnement de chercheures en tant qu’insider, outsider ou en partial insider (Marzo et Gomez-Perez, 2020) remet en question le statu quo dans les normes de recherche dans une perspective critique et décoloniale, afin d'explorer de nouvelles formes d'alliance avec les personnes participantes.
Ces dernières années, l’appel aux méthodologies intersectionnelles et décoloniales en recherche s’est fait plus urgent au Québec et dans la francophonie, reflétant un profond changement dans les priorités des chercheurs et la prise de conscience de la société. L’intersectionnalité, créée à l’origine par Crenshaw (1989), est un concept qui reconnaît que les individus incarnent des identités multiples fondées sur la race, le genre, la sexualité, la classe sociale, etc. Simultanément, les méthodologies décoloniales remettent en question l’héritage tenace du colonialisme dans le monde universitaire. Elles encouragent les chercheurs à examiner d’un regard critique les structures de pouvoir ancrées dans les pratiques de recherche, la production de connaissances et la représentation, tout en mettant l’accent sur les voix et les points de vue des communautés marginalisées (Bell et al., 2020). Le mouvement en faveur de la décolonisation reconnaît qu’une grande partie de la recherche traditionnelle a perpétué les préjugés coloniaux et réduit au silence les voix autochtones, non occidentales et historiquement marginalisées (Held, 2019; Tuhiwai, 2022; Darder, 2019). Bien que la communauté universitaire reconnaisse l’urgence de considérer de nouvelles approches, les chercheur·e·s ont souvent du mal à appliquer des méthodologies non traditionnelles telles que les approches intersectionnelles et décoloniales, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ces méthodologies exigent un changement fondamental de perspective et une réflexion personnelle approfondie, ce qui peut être inconfortable. Deuxièmement, elles exigent une reconfiguration des processus de collecte et d’analyse des données qui peut s’avérer substantielle et requérir du temps et des ressources accrues (Misra et al., 2020; Quinless, 2022). Troisièmement, l’inertie institutionnelle et la résistance au changement au sein des disciplines peuvent entraver leur adoption. Enfin, le manque de formation et de compréhension de ces nouvelles méthodologies constitue un obstacle.
Malgré ces difficultés, la reconnaissance croissante de leur importance dans la résolution des complexités sociétales et la promotion de l’inclusion pousse progressivement les chercheur·e·s francophones à les adopter, bien qu’à un rythme plus lent. En accueillant des approches innovantes, en encourageant le dialogue et en bousculant les contours de la recherche traditionnelle, ce colloque contribuera à faire émerger des stratégies concrètes pour des méthodologies et approches conductives à l’EDI et la décolonisation. Le besoin de ces méthodologies est alimenté par une reconnaissance croissante des limites des paradigmes de recherche traditionnels (Ndlovu-Gatsheni, 2019; Hamel-Charest, 2022). L’objectif du colloque est de créer un espace de réflexion sur les défis émergents et occasions en recherche liées aux méthodologies visant la décolonisation, l’équité et la justice intersectionnelle selon une perspective interdisciplinaire.
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