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Céder le pouvoir, protéger les liens: Vers une éthique de la recherche avec les communautés autochtones fondée sur la relation

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Mathieu Boivin : Université de Montréal

Résumé de la communication

À la base de toute recherche avec une communauté autochtone se trouve l’établissement d’un lien de confiance entre les acteurs de la recherche. De nombreux∙ses chercheur∙se∙s ont nourri la méfiance des communautés envers les universités. Pour contrer les effets de la recherche extractive, on demande d’élaborer les projets en partenariat et de s’assurer qu’elles profitent directement des retombées des projets. Des communautés autochtones réclament que la recherche se fasse sans qu’elles n’aient à céder leur propriété et leur pouvoir de gouverner les données issues de la recherche. Pour plusieurs auteur∙trice∙s autochtones, cette politique est d’abord fondée sur une ontologie valorisant et priorisant l’autonomie et l’interdépendance parmi les individus au sein du groupe. Cette « ontologie relationnelle » entraîne corollairement une éthique relationnelle (Wilson 2008; Chilisa 2020). La recherche en contextes autochtones devrait avant tout prendre en compte le lien vital, spirituel et social, qui lie chaque individu au groupe, à la terre, au lieu et aux savoirs qui sont partagés. En tant que jeune-chercheur allochtone, je pose ma réflexion sur l’agir responsable en recherche avec les communautés autochtones. Je tenterai de suggérer des actions à prendre afin, d’une part, de prendre conscience du pouvoir de l’individu et de l’université dans le processus de la recherche et, d’autre part, de rétablir un équilibre en fondant les considérations éthiques sur la relation.

Résumé du colloque

Ces dernières années, l’appel aux méthodologies intersectionnelles et décoloniales en recherche s’est fait plus urgent au Québec et dans la francophonie, reflétant un profond changement dans les priorités des chercheurs et la prise de conscience de la société. L’intersectionnalité, créée à l’origine par Crenshaw (1989), est un concept qui reconnaît que les individus incarnent des identités multiples fondées sur la race, le genre, la sexualité, la classe sociale, etc. Simultanément, les méthodologies décoloniales remettent en question l’héritage tenace du colonialisme dans le monde universitaire. Elles encouragent les chercheurs à examiner d’un regard critique les structures de pouvoir ancrées dans les pratiques de recherche, la production de connaissances et la représentation, tout en mettant l’accent sur les voix et les points de vue des communautés marginalisées (Bell et al., 2020). Le mouvement en faveur de la décolonisation reconnaît qu’une grande partie de la recherche traditionnelle a perpétué les préjugés coloniaux et réduit au silence les voix autochtones, non occidentales et historiquement marginalisées (Held, 2019; Tuhiwai, 2022; Darder, 2019). Bien que la communauté universitaire reconnaisse l’urgence de considérer de nouvelles approches, les chercheur·e·s ont souvent du mal à appliquer des méthodologies non traditionnelles telles que les approches intersectionnelles et décoloniales, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ces méthodologies exigent un changement fondamental de perspective et une réflexion personnelle approfondie, ce qui peut être inconfortable. Deuxièmement, elles exigent une reconfiguration des processus de collecte et d’analyse des données qui peut s’avérer substantielle et requérir du temps et des ressources accrues (Misra et al., 2020; Quinless, 2022). Troisièmement, l’inertie institutionnelle et la résistance au changement au sein des disciplines peuvent entraver leur adoption. Enfin, le manque de formation et de compréhension de ces nouvelles méthodologies constitue un obstacle.

Malgré ces difficultés, la reconnaissance croissante de leur importance dans la résolution des complexités sociétales et la promotion de l’inclusion pousse progressivement les chercheur·e·s francophones à les adopter, bien qu’à un rythme plus lent. En accueillant des approches innovantes, en encourageant le dialogue et en bousculant les contours de la recherche traditionnelle, ce colloque contribuera à faire émerger des stratégies concrètes pour des méthodologies et approches conductives à l’EDI et la décolonisation. Le besoin de ces méthodologies est alimenté par une reconnaissance croissante des limites des paradigmes de recherche traditionnels (Ndlovu-Gatsheni, 2019; Hamel-Charest, 2022). L’objectif du colloque est de créer un espace de réflexion sur les défis émergents et occasions en recherche liées aux méthodologies visant la décolonisation, l’équité et la justice intersectionnelle selon une perspective interdisciplinaire.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 14 mai 2024

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