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Marjorie Vidal : Université de Sherbrooke
L'émergence des approches féministes, décolonisatrices, et anti-oppressives influence les méthodes d’évaluation, traditionnellement enracinées dans des paradigmes et des épistémologies néolibéraux. Des cadres de décolonisation (DF) et l’évaluation culturellement réactive (CRE) fournissent des outils pour remettre en question et déconstruire les structures, normes et paradigmes hérités de la colonisation. Ces approches intègrent les aspects culturels dans le processus d’évaluation, remettant en question les fondements des programmes eux-mêmes. Nous examinerons les tensions liées aux dynamiques de pouvoir entre les parties prenantes, qui émergent au cours des étapes d’évaluation et se cristallisent autour de questions pratiques comme la disponibilité, l’accueil, le consentement, les présentations, la participation et les temporalités. Nous examinerons la manière dont l’analyse de données peut rendre compte des dynamiques complexes d’autodétermination et de souveraineté entre les personnes impliquées, les lieux, les temporalités et l’environnement. Nous mettrons l’accent sur les outils d’analyse favorisant la contribution significative des communautés ainsi que sur deux limites importantes:l'envisageavilité de décoloniser une entité forgée dans une perspective coloniale, profondément enracinée dans les épistémologies et les objectifs du colonialisme; et la réflexion sur nos propres contraintes en tant que femmes occidentales blanches cis-genre.
Ces dernières années, l’appel aux méthodologies intersectionnelles et décoloniales en recherche s’est fait plus urgent au Québec et dans la francophonie, reflétant un profond changement dans les priorités des chercheurs et la prise de conscience de la société. L’intersectionnalité, créée à l’origine par Crenshaw (1989), est un concept qui reconnaît que les individus incarnent des identités multiples fondées sur la race, le genre, la sexualité, la classe sociale, etc. Simultanément, les méthodologies décoloniales remettent en question l’héritage tenace du colonialisme dans le monde universitaire. Elles encouragent les chercheurs à examiner d’un regard critique les structures de pouvoir ancrées dans les pratiques de recherche, la production de connaissances et la représentation, tout en mettant l’accent sur les voix et les points de vue des communautés marginalisées (Bell et al., 2020). Le mouvement en faveur de la décolonisation reconnaît qu’une grande partie de la recherche traditionnelle a perpétué les préjugés coloniaux et réduit au silence les voix autochtones, non occidentales et historiquement marginalisées (Held, 2019; Tuhiwai, 2022; Darder, 2019). Bien que la communauté universitaire reconnaisse l’urgence de considérer de nouvelles approches, les chercheur·e·s ont souvent du mal à appliquer des méthodologies non traditionnelles telles que les approches intersectionnelles et décoloniales, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ces méthodologies exigent un changement fondamental de perspective et une réflexion personnelle approfondie, ce qui peut être inconfortable. Deuxièmement, elles exigent une reconfiguration des processus de collecte et d’analyse des données qui peut s’avérer substantielle et requérir du temps et des ressources accrues (Misra et al., 2020; Quinless, 2022). Troisièmement, l’inertie institutionnelle et la résistance au changement au sein des disciplines peuvent entraver leur adoption. Enfin, le manque de formation et de compréhension de ces nouvelles méthodologies constitue un obstacle.
Malgré ces difficultés, la reconnaissance croissante de leur importance dans la résolution des complexités sociétales et la promotion de l’inclusion pousse progressivement les chercheur·e·s francophones à les adopter, bien qu’à un rythme plus lent. En accueillant des approches innovantes, en encourageant le dialogue et en bousculant les contours de la recherche traditionnelle, ce colloque contribuera à faire émerger des stratégies concrètes pour des méthodologies et approches conductives à l’EDI et la décolonisation. Le besoin de ces méthodologies est alimenté par une reconnaissance croissante des limites des paradigmes de recherche traditionnels (Ndlovu-Gatsheni, 2019; Hamel-Charest, 2022). L’objectif du colloque est de créer un espace de réflexion sur les défis émergents et occasions en recherche liées aux méthodologies visant la décolonisation, l’équité et la justice intersectionnelle selon une perspective interdisciplinaire.
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