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Frédérique Drouin : Université de Montréal
Actuellement, des prototypes d’utérus artificiel (UA) se développent dans le but d’améliorer la prise en charge médicale des grands prématurés (22-25 semaines d’âge gestationnel). L’UA rendrait possible une ectogenèse partielle, qui consiste à ce qu’un foetus transféré en UA – que nous appelons « entité en UA » – se développe en partie à l’extérieur du corps. Les premiers essais cliniques sur les êtres humains devraient débuter au cours de l’année 2024 au Children's Hospital of Philadelphia.
Malgré l’avènement imminent de l’ectogenèse partielle, les attitudes médicales à adopter envers l’entité en UA suscitent de vifs débats dans la littérature. Certains auteurs défendent que l’UA soutiendrait un processus ressemblant davantage à la poursuite d’une grossesse. Ce faisant, l’entité en UA pourrait être traitée de la même façon qu’un foetus. Au contraire, d’autres sont d’avis que l’UA est simplement un prolongement plus sophistiqué de l’incubateur. Pour cette raison, ces personnes défendent que l’entité en UA mériterait les mêmes protections juridiques que le nouveau-né en incubateur.
Afin de guider les décisions de prise en charge et d’arrêt de traitement pour l’entité en UA, nous recommandons de transposer la proposition du « fetus as patient » de Chervenak & McCullough à l’entité en UA. De cette façon, même si cette dernière est considérée comme un foetus par certains, les devoirs déontologiques et moraux du corps médical envers leurs patients s’appliqueront à l’entité en UA.
Depuis quelques décennies, les techniques de procréation médicalement assistée (PMA) suscitent un intérêt soutenu de la part de chercheurs et de chercheuses d’horizons variés. Entre procédures médicales toujours plus poussées (comme la vitrification, le transfert de mitochondries, l’utilisation de l’intelligence artificielle…) et nouvelles pratiques sociales (la normalisation de la gestation pour autrui, la fin de l’anonymat des personnes donneuses, la reconnaissance de la diversité sexuelle et de genre, la parentalité à un âge avancé…), la PMA continue d’élargir le champ des possibles pour les personnes infertiles et celles dont la configuration familiale ou personnelle sort du modèle hétéronormatif. Devant cette créativité biosociale, de nouveaux acteurs se regroupent autour de projets familiaux qui (re)combinent du personnel soignant, des spécialistes de laboratoire, de futurs parents, des tiers de procréation et des membres d’organismes de soutien psychosocial. Parallèlement, la diffusion des techniques de PMA a entraîné une déterritorialisation des pratiques suivant les lignes de fractures d’un encadrement légal hétérogène et de marchés transnationaux de cellules et de services. Dans ce contexte, nous voyons apparaître un ensemble de pratiques hétérogènes aux marges de la PMA qui appelle à son tour à intégrer la pensée sociale sur la PMA. Ce colloque proposera une réflexion sur ces marges et les nouveaux enjeux qu’elles font émerger.
Titre du colloque :