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Claire Moreau : Université de Sherbrooke
Plusieurs recherches témoignent d’une augmentation de la population de personnes apprenantes au rapport non traditionnel avec les études dans les programmes universitaires de premier cycle. Celles-ci relèvent que, dès qu’une personne apprenante concilie à la fois sa scolarité avec la parentalité ou une activité professionnelle (Soares, 2019), elle est plus triplement vulnérable (psychologiquement, académiquement et financièrement) du fait des multiples tensions et interférences entre ses obligations professionnelles ou familiales et sa réalité d’apprenante (Babb, Rufino et Johnson, 2021; Chen, 2017). Parmi ces recherches, deux démontrent que les personnes apprenantes au rapport non traditionnel sont majoritairement des femmes, mères et travailleuses, engagées dans un projet de retour aux études à temps partiel (Gosselin et Julien, 2015).
Située et féministe, la recherche vise à documenter les tensions matérielles et financières inhérentes à la conciliation des différents rôles sociaux d’apprenantes au rapport non traditionnel avec les études en donnant la parole à vingt d’entre elles dans le cadre d’une entrevue de type récit de vie. Les résultats mettront en lumière l’influence du genre sur les tensions matérielles et financières vécues par les apprenantes et seront mis en relation avec les notions de charge mentale (Haicault, 1984) et de rapports sociaux de sexe (Kergoat, 2010).
Au Québec, le modèle d’accessibilité aux études a été mis en place dans les années 1960, avec la création des premiers cégeps, du réseau de l’Université du Québec et de l’adoption de la loi québécoise sur l’aide financière aux études (AFE). Fondé sur la redistribution, le programme d’AFE continue d’avoir des effets positifs sur l’accessibilité à l’enseignement supérieur de plusieurs groupes de la population étudiante en réduisant les barrières financières et les inégalités des chances (Bouchard St-Amant, 2020; Colas et al., 2021).
L’accessibilité financière aux études est aussi favorisée par un gel des droits de scolarité à différents moments depuis les années 1960, fruit des luttes d’un mouvement étudiant structuré et présent dans l’espace public (Beaupré-Lavallée et Bégin-Caouette, 2019). Depuis le « printemps érable » de 2012, le consensus sur l’indexation des droits de scolarité à l’inflation est partagé par l’ensemble des acteurs et actrices de l’enseignement supérieur.
Or, cette inflation est en forte croissance actuellement : l’Indice des prix à la consommation a augmenté de près de 11 % en 2022, un sommet en 40 ans depuis la récession de 1982 (Statistique Canada, 2023).
Dans la population étudiante, les répercussions de l’inflation sont inégales et atteignent davantage certaines personnes étudiantes, dont celles qui sont dans une ou plusieurs des situations suivantes (Bottorff et al., 2020; Savoie-Roskos et al., 2023) : provenir d’un milieu socioéconomique défavorisé; être en situation de handicap; être de la première génération à fréquenter un établissement d’enseignement supérieur; provenir de l’étranger; vivre sur le campus; faire partie de la diversité sexuelle et de genre; s’identifier à une minorité ethnoculturelle; avoir des personnes à charge.
L’accessibilité financière aux études, tout comme la persévérance et la réussite, est compromise par des enjeux liés notamment à l’insécurité alimentaire, au logement étudiant, à l’endettement et à la rémunération étudiante.
Alors que les recherches scientifiques et institutionnelles sur l’accessibilité financière aux études au Québec se concentrent sur différents thèmes, des initiatives et des actions sont parallèlement présentes dans les établissements d’enseignement supérieur : frigos partagés, répertoire de logements disponibles, formations en littératie financière, etc. Le colloque proposé par l’ORES aborde l’accessibilité financière aux études au regard des différentes conditions pour favoriser la réussite étudiante en éclairant des thèmes complémentaires provenant à la fois de savoirs scientifiques et expérientiels.
Le colloque de l’ORES contribue à l’avancement des connaissances notamment en valorisant le partage et la complémentarité des savoirs scientifiques et expérientiels et en favorisant le dialogue entre des chercheurs et chercheuses, et des praticiens et praticiennes d’horizons disciplinaires et de secteurs d’activité différents.
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