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Charles-Antoine Bachand : Cégep de l'Outaouais
Depuis le dernier rapport du GIEC (2023), il semble difficile d’ignorer les dimensions résolument sociales, voire politiques, découlant de l’Anthropocène. Si, comme le soutient Chakrabarty (2023), l’Anthropocène doit changer notre façon de concevoir les activités humaines, l’éducation ne peut échapper à une profonde remise en question, et ce, à plus forte raison si elle porte des visées émancipatrices et transformatrices (UNESCO, 2023). Ainsi, l’éducation doit trouver les appuis théoriques, conceptuels et philosophiques lui permettant de faire des propositions radicalement nouvelles. Nous explorerons brièvement les implications liées à une « éducation en » Anthropocène qui ne peut que s’ajouter à une « éducation à » l’Anthropocène. Comment en effet penser la « vie bonne » ou la pleine liberté des citoyen·nes dans un monde où l’action humaine met en péril l’habitabilité de la planète (Warnick, 2023) ? Que signifie alors la participation ou l’agentivité citoyenne ? Quels impacts le contexte actuel doit avoir sur les pratiques enseignantes et sur l’éthique des enseignant·es ? Nous explorons comment le concept de capabilités politiques collectives (Deveaux, 2021), déployé dans le cadre d’une éducation à l’écocitoyenneté émancipatrice (Freire, 1968/2021), pourrait contribuer à entretenir et développer l’agir citoyen en Anthropocène. Nous reviendrons, alors, sur certains des risques qu’il est possible d’identifier à dépolitiser (Bozec, 2016) l’éducation dans le contexte actuel.
Dans le cadre de nos dernières recherches, nous avons développé un modèle transdisciplinaire du pouvoir d’agir en contexte de crise environnementale et climatique (Agundez-Rodriguez, 2022). Son caractère transdisciplinaire implique un niveau élevé d’intégration de l’apprentissage qui se situe au-delà de plusieurs disciplines ainsi que de leurs intersections (Legendre, 2005). En cohérence avec ce principe de transversalité, le modèle intègre des savoirs issus des domaines de l’éducation relative à l’environnement (ERE) et de la pratique du dialogue philosophique (PDP) en communautés de recherche (Lipman, 1980 et 1988; Lago, 2006; Sasseville et Gagnon, 2007; Gagnon et Sasseville, 2011). En lien avec l’ERE, la transdisciplinarité est ainsi présente dans le modèle par le recours à des savoirs environnementaux issus de mouvements sociaux, autochtones et allochtones, et de mouvements communautaires de la société civile. Les habiletés pratiques, l’expérience directe et la transmission orale sur l’environnement et les changements climatiques y sont associées. En ce qui concerne la PDP, l’objectif du modèle est le développement de la pensée critique (associée aux habiletés comme la contextualisation, l’autocorrection et l’argumentation à l’aide de critères) et créative (associée aux habiletés comme l’imagination, la recherche d’alternatives et l’intuition). L’approche de PDP en communautés de recherche favorise ainsi la réflexion sur le monde dans lequel nous vivons (caractérisé par la crise environnementale et climatique) et permet, en même temps, d’imaginer et de construire le monde dans lequel nous voulons vivre (caractérisé par la stabilité environnementale et climatique). Grâce aux présentations des domaines de l’ERE et de la PDP réalisées au sein de ce colloque, nous pourrions explorer le croisement des éléments de notre modèle et son potentiel pour le développement du pouvoir d’agir en contexte de crise environnementale et climatique.
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