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Étudier l’évitement de l’actualité en milieu populaire au Québec, un pari impossible?

LH

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Lena Alexandra Hübner : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

La circulation massive de contenus générés par l’intelligence artificielle en contexte électoral inquiète le domaine politico-médiatique. Ces préoccupations se traduisent par la construction de catégories de pensées péjoratives et essentialistes dans les discours médiatiques, exprimant une peur envers l’électorat perçu comme « irrationnel » et « manipulé » par les infox. Ce sont souvent les milieux populaires, décrits comme peu politisés, peu scolarisés et à faible revenu, qui endossent le blâme dans ces contextes. Des recherches récentes vont pourtant à l’encontre de ces discours : en évitant tout ce qui parait « trop politique », ces milieux sont peu exposés à la désinformation (Boyadjian 2020, Hübner 2022).

Soulignant l’importance des rapports de classe pour saisir ces stratégies d’évitement, lesdites recherches invitent à élargir l’étude des publics aux milieux éloignés de l’actualité. Or, au Québec, ce pari parait impossible : les modèles théoriques situés pour décrire les classes sociales contemporaines sont quasi absents (Maillé 2015). Cette communication discute des avantages et des limites de la catégorie « populaire » pour contourner cette impasse. Puis, elle propose une solution méthodologique narrative et intersectionnelle (Winker & Degele 2011). En m’appuyant sur ma thèse, il s’agira d’illustrer à l’aide de la narration, l’étroite articulation des rapports de classe avec d’autres systèmes d’oppression et de privilèges dans l’évitement de l’actualité au Québec.

Résumé du colloque

La catégorie de pensée du « populaire » renvoie à des manifestations multiples et complexes. Elle provient de la formation des États-nations, de leur personnel lettré et d’un mouvement plus général de démocratisation de l’éducation. Au 19e siècle, la catégorie est ensuite associée à la « question sociale » : en dépit de l’augmentation des capacités productives, la pauvreté ne diminue pas dans une même proportion. Aujourd’hui, le populaire renvoie en sus à la culture de masse.

Comment penser le populaire dans la diversité des situations sociales et dans son historicité depuis le « quêteux » jusqu’aux personnes inscrites dans des réseaux de redistribution ? Comment envisager les variations dans le contenu de la catégorie comme étant des traces significatives de la transformation plus générale du mode de production des rapports sociaux ? Comment penser aujourd’hui le populaire sans reconduire la dichotomie populisme-misérabilisme qui repose sur une ontologie individuelle d’êtres sociaux plus ou moins libres, autonomes et indépendants ? En somme, comment construire un objet d’étude sociologique à partir d’une catégorie polysémique et problématique ?

Deux axes interdépendants sont proposés :

Théorique : Archéologie théorique de la catégorie à partir des travaux de la sociologie et de l’anthropologie, selon différentes traditions nationales. Définitions de la catégorie dans les travaux actuels ou dans vos propres projets d’enquête. Pourquoi privilégier celle-ci plutôt que d’autres (marginalité, exclusion, etc.) ?

Empirique : Présentation d’enquêtes empiriques explicitant autant que possible l’usage qui a été fait de la catégorie en interrogeant ses fondements et ses limites. Questionnements concrets sur ce que nous pourrions qualifier de modes de vie et de sociabilités populaires, analyses comparées de ces modes de vie en recourant à différentes enquêtes sociologiques et anthropologiques. Ces enquêtes peuvent relever de méthodologies quantitative et qualitative.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 14 mai 2024

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