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Caroline Chambon : Université Jean-Monnet-Saint-Étienne
Mis en lumière lorsque les individus produisent de la démocratie dans leurs activités collectives et gouvernées par le bas, il exige un travail du commun (Nicolas-Le Strat, 2016), un commoning suivant des règles ni fondées sur une appartenance identitaire quelconque, ni sur la fiction juridique d’un contrat social (Sauvêtre, 2014), mais sur la participation à une même activité. La communication investiguera ce travail du commun au sein d’une activité infra-politique numérique menant potentiellement à l’émergence de communs de la connaissance. Mobiliser ces derniers se justifie par la conviction que le savoir humain grandit par l’incrémentation des expériences provenant de tous. S’agissant du numérique comme vecteur de pratiques des communs (Le Crosnier, 2018), il peut coordonner des individus distants qui réfléchissent ensemble. Il s’agit d’un idéal, car leurs points de vue se croisent plus qu’ils ne se rencontrent. En participant à la construction d’identités singulières, il peut soutenir la constitution d’une identité commune. L’individuation est nécessaire au commun pour conduire à la subjectivation du co-pouvoir (Laval et al., 2019). Finalement, le principe de commun sera questionné au sein d’expressions numériques parce qu’elles participent à convaincre les citoyens de leur capacité à faire en commun et « c’est seulement l’activité pratique des hommes qui peut rendre des choses communes » (Dardot et Laval, 2014, p. 49).
« Les communs sont partout ! » observaient déjà plusieurs auteurs et autrices au tournant du 21ᵉ siècle (Dardot et Laval, 2014; Federici, 2019). Le constat de l’utilisation du terme « communs » dans divers contextes, allant de la guerre de l’eau à Cochabamba, en Bolivie, au mouvement altermondialiste, ainsi qu’aux occupations de places comme à Wall Street et Ghezi à Istanbul, a suscité l’intérêt de la recherche pour ce thème. Il y a déjà plus d’une décennie, George Caffentzis (2012) recensait des milliers de publications sur les communs, une littérature qui n’a fait qu’augmenter depuis. Parmi ces travaux, nous retrouvons différentes compréhensions et définitions des communs, qui se revendiquent de traditions théoriques fort distinctes, menant parfois à des analyses contradictoires du même phénomène. De plus, différents organismes font usage du terme dans des contextes qui en déforment passablement le sens, comme lorsque la Banque mondiale expulse des peuples traditionnels de leurs territoires au nom du « patrimoine commun de l’humanité » (Federici, 2019). Dans ce contexte, il devient pressant de prendre la mesure de ces enjeux et de cartographier les différentes approches des communs pour tenter d’y voir plus clair, notamment par rapport à certaines thématiques que ce colloque entend prioriser.
Selon la définition proposée par le Collectif de recherche sur les initiatives, transformations et institutions des communs (CRITIC), qui organise ce colloque, les communs sont des ensembles de pratiques sociales ancrés dans des collectivités autodéterminées et des formes de communalisation. Ils répondent à différents besoins et aspirations au moyen de valeurs de partage, de soin, de participation, d’inclusion, de soutenabilité et de convivialité. Promouvant le droit d’usage et le devoir de responsabilité, les communs préfigurent une alternative à la propriété privée et constituent un processus d’apprentissage collectif. Cette définition affiche une volonté explicite de situer les communs dans un contexte sociohistorique, politique et économique plus large pour comprendre leurs dynamiques relationnelles avec les systèmes économiques et les normativités politiques, sociales et culturelles dans lesquelles ils s’insèrent.
En présence de Pierre Dardot et Christian Laval, invités d’honneur du colloque, nous vous proposons d’explorer les communs par le truchement de six axes dans deux conférences de nos invités d’honneur et vingt-cinq présentations universitaires ou terrains :
À ces interventions s’ajoutera une visite hors site à l’Atelier Mauril-Bélanger, où se dérouleront nos activités de réseautage de fin de journée.
Coresponsables : Yann Pezzini, Ambre Fournier et Jonathan Veillette
Titre du colloque :
Thème du colloque :