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Sebastien Pesce : Université de Tours
La technicisation de l’enseignement favorise un discours dominant qui suggère que toute pédagogie se définit comme un catalogue de pratiques et de gestes techniques. Corollairement, les « pédagogies alternatives » se définiraient par le recours à des méthodes ou techniques « différentes », échappant à une forme scolaire elle-même définie simplement par des caractères matériels. Identifier les invariants des pédagogies alternatives reviendrait alors à repérer ce qui est récurrent dans un « faire » purement opérationnel et aisément observable.
Nous postulons que ce ne sont pas des méthodes, pratiques ou techniques qui définissent les pédagogique alternatives ou déterminent leurs effets. Ces invariants sont à rechercher à quatre niveaux : 1/. Épistémique et politique (des savoirs et postulats relatifs à l’enfant, aux visées et aux conditions de l’éducation, aux les processus d’apprentissage, constituant une philosophie pédagogique) ; 2/. Épistémologique et éthique (une manière de concevoir et d’organiser, sur la base d’activités délibératives, la production et la transformation de ces savoirs et postulats) ; 3/. Un ensemble de gestes d’abord intellectuels et psychiques permettant d’actualiser, sous la forme d’une variété d’extentions pratiques, les intentions traduisant cet arrière-plan épistémique et politique.
Le colloque vise à organiser la rencontre entre des chercheur·ses et des professionnel·les qui, d’une part, sont engagés dans des pratiques pédagogiques alternatives (à tous les niveaux d’enseignement), et qui, d’autre part, analysent et formalisent ces pratiques. Nous abordons la question des « invariants » des pédagogies alternatives.
Nous considérons qu’il y a pédagogie « alternative » ou « différente » (Viaud, 2005; Reuter, 2021; Hugon, Robbes et Viaud, 2021) dès lors que des praticien·nes s’engagent dans une entreprise de renouvellement et/ou de transformation plus ou moins importante de la forme scolaire (Vincent, 1994; Vincent et al., 2012), en matière de pratiques, de visées, de cadre de référence.
Wagnon (2019) estime toutefois qu’il n’y a pas une seule, mais une « nébuleuse » de pédagogies alternatives. Ce colloque vise à provoquer la réflexion sur les traits récurrents de ces pédagogies dans leur diversité : quels sont leurs « invariants »?
Ces invariants ne se limitent pas aux pratiques, aux techniques, aux méthodes pédagogiques et aux principes fondamentaux ou d’action qui les sous-tendent. Nous considérons deux autres dimensions : 1) leurs effets sur les formateurs comme sur les formés (les apprentissages opérés, les transformations produites chez les sujets, au sein des collectifs, peut-être dans la société); et 2) les processus à l’œuvre dans ces pratiques (dans les modalités de travail du pédagogue ou de l’équipe de pédagogues, dans les conditions d’élaboration et de transformation des dispositifs, dans les processus transformateurs au sein de tels environnements pédagogiques).
Ce colloque réunit à la fois des scientifiques de 10 universités (7 d’Europe, 2 du Québec, 1 du Brésil) et des praticiens, partant du principe que ceux-ci peuvent théoriser leurs expériences et en dégager des principes participant d’un savoir pédagogique (Fabre, 2002) qui peut être partagé au sein de la communauté scientifique.
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