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Fred Burrill : Cape Breton University
À l'instar d'autres villes et quartiers industriels d'Amérique du Nord, les quartiers ouvriers du Sud-Ouest de Montréal ont été décimés par les fermetures d'usines après la Seconde Guerre mondiale. Entre 1951 et 1971, 10 000 emplois ont été perdus et 30 000 personnes ont quitté la région ; un exode de la population qui s'est accompagné d'un processus progressif de suburbanisation des travailleurs syndiqués qui ont acheté des maisons et élevé des familles en dehors des zones industrielles du centre-ville où ils travaillaient. Les laissés-pour-compte de la désindustrialisation et de la suburbanisation, la "surpopulation relative" du capitalisme, se sont tournés vers l'État-providence nationaliste - en s'organisant autour de questions telles que le logement social, les soins de santé locaux et les droits à l'aide sociale - dans une lutte pour la simple survie. Ce faisant, les militants se sont de plus en plus éloignés du cadre de la classe pour se tourner vers une défense plus diffuse du "quartier populaire", enracinée dans un sentiment d'identité locale qui liait la colère face à la dépossession et à l'abandon capitaliste à un discours nationaliste codé racialement blanc. Cette alliance a assuré la durabilité des mobilisations à long terme des personnes à faibles revenus dans le Sud-Ouest et également limité son potentiel libératoire, en particulier depuis l'effondrement du projet keynésien provincial et la montée du nationalisme identitaire.
La catégorie de pensée du « populaire » renvoie à des manifestations multiples et complexes. Elle provient de la formation des États-nations, de leur personnel lettré et d’un mouvement plus général de démocratisation de l’éducation. Au 19e siècle, la catégorie est ensuite associée à la « question sociale » : en dépit de l’augmentation des capacités productives, la pauvreté ne diminue pas dans une même proportion. Aujourd’hui, le populaire renvoie en sus à la culture de masse.
Comment penser le populaire dans la diversité des situations sociales et dans son historicité depuis le « quêteux » jusqu’aux personnes inscrites dans des réseaux de redistribution ? Comment envisager les variations dans le contenu de la catégorie comme étant des traces significatives de la transformation plus générale du mode de production des rapports sociaux ? Comment penser aujourd’hui le populaire sans reconduire la dichotomie populisme-misérabilisme qui repose sur une ontologie individuelle d’êtres sociaux plus ou moins libres, autonomes et indépendants ? En somme, comment construire un objet d’étude sociologique à partir d’une catégorie polysémique et problématique ?
Deux axes interdépendants sont proposés :
Théorique : Archéologie théorique de la catégorie à partir des travaux de la sociologie et de l’anthropologie, selon différentes traditions nationales. Définitions de la catégorie dans les travaux actuels ou dans vos propres projets d’enquête. Pourquoi privilégier celle-ci plutôt que d’autres (marginalité, exclusion, etc.) ?
Empirique : Présentation d’enquêtes empiriques explicitant autant que possible l’usage qui a été fait de la catégorie en interrogeant ses fondements et ses limites. Questionnements concrets sur ce que nous pourrions qualifier de modes de vie et de sociabilités populaires, analyses comparées de ces modes de vie en recourant à différentes enquêtes sociologiques et anthropologiques. Ces enquêtes peuvent relever de méthodologies quantitative et qualitative.
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