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La pathologisation de l’émotion en temps de crise climatique

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Gabrielle Laverdière-Pilon : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Nous sommes à un moment charnière de la pathologisation du social, de la souffrance et de l’action collective (Cohen, 2016). La psychologisation et la psychiatrisation sont deux phénomènes distincts de la pathologisation ambiante qui opèrent de façon similaire et conjointe pour se saisir de plus en plus de sphères de la vie et la crise écologique n’est pas en reste (Beeker et al, 2021; De Vos; 2012, 2013; Roy et al., 2017; Bernheim et al., 2022; Logan et Karter, 2022).

Bien que le terme “éco-anxiété” tente une prise en compte de la souffrance évoquée par les réalités émergentes de la crise climatique, il offre une compréhension limitée et individualisante (Kalwak et Weihgold, 2022). L'appellation éco-anxiété, reprenant une expression du DSM-5 (anxiété généralisée) pour désigner une souffrance face à des risques climatiques avérés (GIEC, 2021), s’inscrit dans les phénomènes de pathologisation mentionnés plus haut. Symptomatiser l'affectivité découlant de circonstances socio-politiques incontrôlables écarte son sens collectif (Kalwak et Weihgold, 2022; Cvetkovich, 2012; Gould, 2010). Nous décortiquerons ces phénomènes dans notre présentation.

Nous commencerons par l’analyse des phénomènes de pathologisation dans une perspective féministe. Par la suite, nous nous pencherons sur le cas de l’éco-anxiété. Nous terminerons notre communication en proposant de nouvelles avenues pour dépasser la pathologisation des émotions écologiques par la recherche et l’intervention de groupe.

Résumé du colloque

L’accélération sans précédent des changements climatiques se fait ressentir avec acuité partout autour de la planète (GIEC, 2023) et touche inégalement les communautés les plus opprimées et démunies (Thésée et Carr, 2008). Devant les défis et problèmes sociaux et de santé qui découlent des enjeux socioécologiques (Grandgeorge, 2022), le champ du travail social se réorganise progressivement afin de développer des pratiques et formations écosociales (Boetto, 2017) au service de la transition sociale-écologique (TSE) (Basto, 2023) et du développement de liens sensibles et réciproques à la Nature-territoire (Larocque, 2023).

Alors que de nouveaux repères se construisent, le moment est opportun pour renforcer les liens entre les acteurs variés du travail social et des disciplines connexes afin d’être mieux outillés, collectivement, pour assurer ce tournant « vert » (MacDonald et al., à venir) et transformateur (Boetto, 2019) dans les milieux de formation et d’intervention. Ce colloque vise ainsi à contribuer à l’avancement des connaissances du travail écosocial et à favoriser la solidarité entre les milieux de pratique et universitaires, et à décloisonner les savoirs scientifiques entre divers champs disciplinaires. Il s’agira de profiter de l’occasion pour faire le lancement de deux numéros exclusifs portant sur le travail écosocial, portés par les revues Intervention (Larocque, Roy et MacDonald) et Reflets (Paris), et de rassembler des contributions autour de trois axes :

1) Transformation paradigmatique : Quelles collaborations et partenariats doivent être tissés ou solidifiés pour appuyer un changement en profondeur des fondements épistémologiques du travail social ? Comment soutenir les divers acteurs concernés vers le développement de leur pensée écosociale afin de favoriser la transformation des structures sociétales et des rapports sociaux ? Comment le travail social peut-il contribuer au développement de liens sensibles et d’interdépendance à la Nature-territoire (Boelen, 2021) ?

2) Enjeux épistémiques : Comment construire des projets d’innovation socioécologique qui reflètent les besoins et réalités hétérogènes des populations marginalisées, les plus touchées par les changements climatiques ? Quelles stratégies de recherche, de formation ou d’intervention transcendent les savoirs hégémoniques et promeuvent la responsabilité épistémique (Gauthier, 2023) ainsi que la pensée décoloniale et pluriverselle (Escobar, 2018) ? Comment intégrer les voix et les besoins des autres-qu’humains au sein de ce processus de transformation de notre savoir-être et savoir-faire ?

3) Développement des pratiques et méthodes écosociales : Quels sont les outils pédagogiques et les pratiques existantes, novatrices ou en émergence qui s’alignent avec la vision écosociale et avec la TSE ? Comment appliquer ces méthodes pour répondre aux réalités locales et rehausser la résilience des collectivités ?

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
Discutant-e- de la session : Mario Paris
section icon Date : 14 mai 2024

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