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Lydet Roland Adolphe Oulaye : Université Alassane Ouattara
Le pénis est l’objet de l’infraction. Il ne faut pas l’avoir en soi. Telle est la représentation que s’en fait Amoa, une Femme qui a des rapports Sexuels avec d’autres Femmes (FSF). Toutefois, face aux injonctions familiales et au temps qui laisse peu de ressources au corps, procréer devient impérieux. La PMA peut alors être une alternative au pénis. Y recourir demeure cependant potentiel. Des frais trop onéreux la rendent quasi inaccessible pour plusieurs FSF. Dès lors, certaines choisissent d’autres voies, plus ou moins sécurisées du point de vue sanitaire, voire abandonnent le projet de faire un bébé, plutôt que de faire appel à un “enceinteur”, révélant un autre impératif, celui de garder une identité de genre.
Cette communication présente la situation de quelques FSF ivoiriennes face aux injonctions à la procréation. Elle se fonde sur des enquêtes par entretiens semi dirigés articulés autour des thématiques de la procréation, des voies de recours dont la PMA pour y arriver et des résultats effectifs de ce déploiement d’énergie. Les entretiens ont été menés pour une part importante d’entre eux en août 2018 à Adiaké, une ville du sud de la Côte d’Ivoire. La recherche étant en cours, des entretiens avec des FSF d’Abidjan et de Yamoussoukro, deux autres villes de Côte d’Ivoire, sont menés actuellement.
Depuis quelques décennies, les techniques de procréation médicalement assistée (PMA) suscitent un intérêt soutenu de la part de chercheurs et de chercheuses d’horizons variés. Entre procédures médicales toujours plus poussées (comme la vitrification, le transfert de mitochondries, l’utilisation de l’intelligence artificielle…) et nouvelles pratiques sociales (la normalisation de la gestation pour autrui, la fin de l’anonymat des personnes donneuses, la reconnaissance de la diversité sexuelle et de genre, la parentalité à un âge avancé…), la PMA continue d’élargir le champ des possibles pour les personnes infertiles et celles dont la configuration familiale ou personnelle sort du modèle hétéronormatif. Devant cette créativité biosociale, de nouveaux acteurs se regroupent autour de projets familiaux qui (re)combinent du personnel soignant, des spécialistes de laboratoire, de futurs parents, des tiers de procréation et des membres d’organismes de soutien psychosocial. Parallèlement, la diffusion des techniques de PMA a entraîné une déterritorialisation des pratiques suivant les lignes de fractures d’un encadrement légal hétérogène et de marchés transnationaux de cellules et de services. Dans ce contexte, nous voyons apparaître un ensemble de pratiques hétérogènes aux marges de la PMA qui appelle à son tour à intégrer la pensée sociale sur la PMA. Ce colloque proposera une réflexion sur ces marges et les nouveaux enjeux qu’elles font émerger.
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